{"id":8276,"date":"2023-12-06T12:52:49","date_gmt":"2023-12-06T17:52:49","guid":{"rendered":"https:\/\/crrf-fcrr.ca\/?page_id=8276"},"modified":"2023-12-08T10:49:21","modified_gmt":"2023-12-08T15:49:21","slug":"the-healthcare-divide-4e-episode","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/crrf-fcrr.ca\/fr\/the-healthcare-divide-4e-episode\/","title":{"rendered":"The Healthcare Divide &#8211; 4e \u00e9pisode"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\"><h1 class=\"wp-block-post-title\">The Healthcare Divide &#8211; 4e \u00e9pisode<\/h1>\n\n\n<p><em>Uninsured: How Universal is Canada\u2019s Healthcare System?<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"http:\/\/pod.link\/1715546912\">\u00c9couter sur une autre plateforme<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<iframe loading=\"lazy\" height=\"200px\" width=\"100%\" frameborder=\"no\" scrolling=\"no\" seamless src=\"https:\/\/player.simplecast.com\/5874ef79-655d-40ba-a280-bebe28dfe15e?dark=false\"><\/iframe>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Description<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Hundreds of thousands of people are living in Canada without health coverage, according to <a href=\"https:\/\/www.wellesleyinstitute.com\/health\/now-is-the-time-improving-access-to-health-care-for-people-without-insurance\/\">one estimate<\/a>. So what happens when those people get sick, or hurt, or pregnant? We touch down at Doctors of the World\u2019s Montreal clinic, to get an idea of what it\u2019s like for migrants living in Canada without health insurance.&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Invit\u00e9s<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Penelope Boudreault, Directrice des op\u00e9rations nationales et du d\u00e9veloppement strat\u00e9gique, M\u00e9decins du Monde Canada<\/p>\n\n\n\n<p>Thatiana Hernandez<\/p>\n\n\n\n<p>Dr Baijayanta Mukhopadhyay, m\u00e9decin de famille et auteur<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Transcription<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p><strong>The Healthcare Divide<\/strong>, traduction de la transcription du balado<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4e \u00e9pisode &#8211; <em>Uninsured: How Universal is Canada\u2019s Healthcare System?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur)<\/strong> Mon mari et moi avons cherch\u00e9 sur Marketplace et pour 30 dollars nous avons trouv\u00e9 un moniteur cardiaque pour pouvoir \u00e9couter notre b\u00e9b\u00e9. Si je ne pouvais pas faire d&rsquo;\u00e9chographie, je voulais savoir que le b\u00e9b\u00e9 allait bien et que son c\u0153ur battait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien devrait offrir un acc\u00e8s \u00e9gal \u00e0 tous. Mais en r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est un syst\u00e8me de nantis et de d\u00e9munis. Je m&rsquo;adresse aux personnes qui ont v\u00e9cu les in\u00e9galit\u00e9s de premi\u00e8re main et \u00e0 celles qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;apporter des changements.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Un syst\u00e8me de sant\u00e9 qui fonctionne pour les plus vuln\u00e9rables est un syst\u00e8me de sant\u00e9 qui fonctionnera pour tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Dans cet \u00e9pisode, nous remettrons en question une croyance de nombreux Canadiens : celle que le syst\u00e8me de sant\u00e9 du Canada est universel. Nous explorerons les obstacles auxquels les migrants et les r\u00e9fugi\u00e9s sont confront\u00e9s lorsqu&rsquo;ils veulent acc\u00e9der aux soins, et nous verrons comment de nombreuses personnes finissent par ne pas y avoir acc\u00e8s du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis le Dr Alika Lafontaine, anesth\u00e9siste et premier m\u00e9decin autochtone \u00e0 avoir dirig\u00e9 l&rsquo;Association m\u00e9dicale canadienne. La Fondation canadienne des relations raciales nous pr\u00e9sente The Healthcare Divide.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a environ 17 ans, Penelope Boudreault a commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec M\u00e9decins du monde \u00e0 Montr\u00e9al. L&rsquo;organisation fournit des soins de sant\u00e9 aux personnes touch\u00e9es par l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale ou vivant dans des situations vuln\u00e9rables. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, elle ne se concentrait pas sur les migrants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> J&rsquo;ai commenc\u00e9 en tant qu&rsquo;infirmi\u00e8re dans la rue, donc du travail de proximit\u00e9, aller au contact et, bien, aller au contact d&rsquo;une population qui vivait dans la rue, qui consommait de la drogue, qui travaillait dans l&rsquo;industrie du sexe. Donc toutes les personnes qui n&rsquo;avaient pas acc\u00e8s aux services de sant\u00e9 ou un acc\u00e8s qui \u00e9tait difficile ou qui n&rsquo;\u00e9tait pas adapt\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9alit\u00e9. Nous avions l&rsquo;habitude de travailler avec des populations qui vivaient dans la rue, qui avaient des difficult\u00e9s \u00e0 acc\u00e9der au syst\u00e8me, mais on leur permettait d&rsquo;avoir acc\u00e8s au syst\u00e8me. Ils avaient donc acc\u00e8s \u00e0 la RAMQ. La carte \u00e9tait parfois perdue, non renouvel\u00e9e, ils ne voulaient pas y aller, ils ne se sentaient pas les bienvenus dans le syst\u00e8me, mais ils pouvaient y aller.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> RAMQ est le r\u00e9gime public d&rsquo;assurance maladie du Qu\u00e9bec. Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es de travail, P\u00e9n\u00e9lope a commenc\u00e9 \u00e0 voir des personnes dans une situation diff\u00e9rente venir lui demander de l&rsquo;aide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> Vers 2009, des personnes sans papiers sont venues me voir dans la rue avec mon sac \u00e0 dos. J&rsquo;avais l&rsquo;habitude de faire des d\u00e9pistages d&rsquo;IST ou de soigner des blessures caus\u00e9es par la vie dans la rue. Mais la r\u00e9alit\u00e9 des personnes migrantes qui venaient me voir \u00e9tait vraiment diff\u00e9rente. Elles souffraient de nombreuses maladies chroniques. Elles \u00e9taient enceintes. Elles avaient des difficult\u00e9s mentales li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la proc\u00e9dure d&rsquo;immigration. Leurs besoins \u00e9taient donc bien plus importants que ce que nous pouvions offrir chez M\u00e9decins du monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> L&rsquo;acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;un des nombreux probl\u00e8mes auxquels les migrants sont confront\u00e9s. Celui-ci fait partie d&rsquo;un r\u00e9seau complexe d&rsquo;obstacles pouvant inclure des probl\u00e8mes graves tels que l&rsquo;exploitation, le manque de s\u00e9curit\u00e9 culturelle, la discrimination et la violence sur le lieu de travail. Conscients de leur besoin de soutien, Penelope et ses pairs ont cherch\u00e9 des conseils.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Penelope Boudreault<\/strong> Et tout le monde nous a dit : vous \u00eates des infirmi\u00e8res, vous \u00eates des m\u00e9decins. S&rsquo;il vous pla\u00eet, offrez des services de soins de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Au Canada, les r\u00e9fugi\u00e9s r\u00e9install\u00e9s, les demandeurs d&rsquo;asile et certains autres groupes peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une couverture m\u00e9dicale temporaire dans le cadre du Programme f\u00e9d\u00e9ral de sant\u00e9 int\u00e9rimaire (PFSI). Mais il se peut qu&rsquo;ils ne sachent pas qu&rsquo;ils y ont droit ou qu&rsquo;ils aient du mal \u00e0 acc\u00e9der aux soins pour d&rsquo;autres raisons : barri\u00e8res linguistiques, discrimination ou simplement manque de connaissances sur le fonctionnement du syst\u00e8me. Et ce n&rsquo;est pas seulement le cas du c\u00f4t\u00e9 des patients. Une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e en 2016 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 39 % des professionnels de la sant\u00e9 \u00e9taient incapables de r\u00e9pondre correctement \u00e0 une seule question sur le programme. Des \u00e9tudes ont \u00e9galement montr\u00e9 que certaines cliniques n&rsquo;acceptent pas les patients couverts par le PFSI en raison des formalit\u00e9s administratives requises pour \u00eatre rembours\u00e9. Les personnes sans papiers ne sont pas du tout \u00e9ligibles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Penelope Boudreault<\/strong> Nous avons donc lanc\u00e9 la premi\u00e8re clinique et elle \u00e9tait un peu cach\u00e9e parce que nous avions peur de l&rsquo;immigration. Nous avions peur de nous adresser \u00e0 des gens qui n&rsquo;avaient pas de documents ou qui n&rsquo;avaient pas de situation ici et qui pourraient \u00eatre examin\u00e9s par les services d&rsquo;immigration, et nous ne voulions pas leur causer des probl\u00e8mes. Nous avons donc lou\u00e9 une clinique en dehors des heures d&rsquo;ouverture, la nuit, et nous avons vu des gens. Ils nous appelaient. Puis nous prenions rendez-vous et nous ne parlions pas de la clinique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Vous savez, en vous \u00e9coutant, je me dis qu&rsquo;en tant que Canadiens, nous pensons parfois que nous sommes tellement diff\u00e9rents des probl\u00e8mes d&rsquo;immigration aux \u00c9tats-Unis. Nous pensons que, dans le Sud, les gens sont rassembl\u00e9s s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de papiers ou d&rsquo;autres choses et qu&rsquo;ils sont expuls\u00e9s du pays. Mais nous avons une approche de l&rsquo;immigration beaucoup plus humaine. Mais il semble que ces m\u00eames craintes existent pour les personnes qui ont besoin de soins de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Penelope Boudreault<\/strong> Nous pensons que nous sommes une terre ouverte \u00e0 l&rsquo;immigration. C&rsquo;est le cas \u00e0 certains \u00e9gards. Mais le processus est si long et si compliqu\u00e9 que rien que le processus rend les gens vuln\u00e9rables parce qu&rsquo;il faut tellement de temps pour obtenir des papiers. Et \u00e0 ce moment-l\u00e0, il n&rsquo;y a pas beaucoup de statuts que l&rsquo;on peut avoir. Au cours de ces ann\u00e9es, j&rsquo;ai entendu dire que tous ceux qui ont besoin de soins de sant\u00e9 au Qu\u00e9bec sont autoris\u00e9s \u00e0 se rendre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. C&rsquo;est possible, mais il faut avoir de l&rsquo;argent pour payer. Et vous n&rsquo;entrerez pas \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital si vous n&rsquo;avez pas au moins, juste pour passer le triage \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;urgence, vous avez besoin de 500 $, 600 $. Ce n&rsquo;est donc pas accessible. La r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est que nous avons des gens qui arrivent \u00e0 Montr\u00e9al. La majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux n&rsquo;ont pas franchi la fronti\u00e8re. La majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux sont arriv\u00e9s au Qu\u00e9bec avec un statut, avec un papier. Mais lorsqu&rsquo;ils essaient de modifier leur statut, cela prend tellement de temps qu&rsquo;ils peuvent passer entre les mailles du filet. Et s&rsquo;ils tombent malades, ils ont des probl\u00e8mes parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas acc\u00e8s et que c&rsquo;est trop cher.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> La clinique de M\u00e9decins du Monde \u00e0 Montr\u00e9al n&rsquo;est plus un secret. Elle offre des heures d&rsquo;ouverture hebdomadaires sans rendez-vous et fait ouvertement la promotion de ses services. Ils sont \u00e9galement de fervents d\u00e9fenseurs d&rsquo;un meilleur acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Qu&rsquo;est-ce qui a chang\u00e9 pour que les soins que vous fournissez sortent de ces endroits cach\u00e9s et, vous savez, prennent la place que vous occupez actuellement o\u00f9, lorsque vous parlez de la sant\u00e9 des migrants, vous savez, votre voix est presque toujours pr\u00e9sente \u00e0 la table ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Penelope Boudreault<\/strong> Je pense que, pour une fois, c&rsquo;est la notori\u00e9t\u00e9. Parce que maintenant personne ne conna\u00eet, comme, beaucoup de gens et nous reconnaissent, la sant\u00e9 publique et nous obtenons de l&rsquo;argent pour faire ce que nous faisons en ce moment. Donc la r\u00e9alit\u00e9 et les besoins sont reconnus. Il \u00e9tait donc normal pour nous de ne pas \u00eatre un simple prestataire de soins, car nous avons \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 que nous ne pourrions pas r\u00e9pondre \u00e0 tout le monde. Nous devons donc participer \u00e0 la transformation du syst\u00e8me. Et puis, avec les pairs qui sont pass\u00e9s par l\u00e0, nous sommes plus forts et capables de parler de la r\u00e9alit\u00e9 et d&rsquo;apporter des changements. Je me souviens du jour o\u00f9 nous nous sommes dit que si les services d&rsquo;immigration venaient \u00e0 la clinique, si la police venait \u00e0 la clinique, nous irions dans les m\u00e9dias et nous parlerions de la r\u00e9alit\u00e9 de ces personnes qui vivent \u00e0 Montr\u00e9al sans aucun service. Et le mieux que nous puissions faire, c&rsquo;est de venir les chercher lorsqu&rsquo;ils sont malades et de les mettre en prison ? Ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s reluisant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Les gens viennent \u00e0 M\u00e9decins du Monde pour toutes sortes de raisons. Comme l&rsquo;a dit Penelope, certains sont sans papiers, mais d&rsquo;autres ont d&rsquo;autres obstacles \u00e0 surmonter pour acc\u00e9der aux soins de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez<\/strong> Mon nom est Thatiana Hernandez, comme vous le savez. Yo soy Colombiana&#8230; [fondu encha\u00een\u00e9]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Voici Thatiana Hernandez. Elle nous parle par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un interpr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez<\/strong> (via traducteur) Je ne parle pas fran\u00e7ais, je parle anglais. Mais pour une entrevue comme celle-ci, je ne me sens pas confiante en tant qu&rsquo;experte. J&rsquo;ai deux personnalit\u00e9s. En espagnol, c&rsquo;est une personnalit\u00e9 merveilleuse et vivante. Et en anglais, je suis tr\u00e8s timide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Thatiana est venue de Colombie au Canada avec son mari et sa fille de trois ans, parce qu&rsquo;ils craignaient pour leur s\u00e9curit\u00e9 physique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez<\/strong> (via traducteur) Nous avions une entreprise familiale qui g\u00e9rait des restaurants dans la belle ville de Bucaramanga. Nous sommes venus au Canada pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. Nous avons v\u00e9cu ce que l&rsquo;on appelle en Colombie le fleteo, c&rsquo;est-\u00e0-dire le fait d&rsquo;\u00eatre suivis. Ils ont d\u00e9termin\u00e9 que nous manipulions de l&rsquo;argent liquide et nous ont menac\u00e9s d&rsquo;attaques si l&rsquo;argent n&rsquo;\u00e9tait pas remis. En raison des risques qui p\u00e8sent sur nos vies, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de chercher d&rsquo;autres opportunit\u00e9s. Nous attendions beaucoup du Canada. Nous pensions que c&rsquo;\u00e9tait un endroit id\u00e9al pour \u00e9lever une famille. Nous \u00e9tions au courant du froid et nous pensions que cela pourrait \u00eatre un obstacle, mais nous voulions aller de l&rsquo;avant. Nous n&rsquo;avions pas beaucoup d&rsquo;informations sur la sant\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ducation, mais nous pensions que nous ne rencontrerions pas de probl\u00e8mes en tant qu&rsquo;immigrants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Thatiana est venue au Canada avec un visa d&rsquo;\u00e9tudiant, ce qui l&rsquo;obligeait \u00e0 souscrire une assurance maladie priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez<\/strong> (via traducteur) J&rsquo;avais une assurance priv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais elle ne couvrait que les urgences. Il \u00e9tait tr\u00e8s difficile de prouver qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une urgence. De plus, vous deviez payer \u00e0 l&rsquo;avance, puis prouver qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une urgence et ils vous remboursaient. Donc, si vous n&rsquo;aviez pas l&rsquo;argent \u00e0 l&rsquo;avance, vous ne pouviez pas acc\u00e9der aux soins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Peu de temps apr\u00e8s son arriv\u00e9e, elle a d\u00e9couvert qu&rsquo;elle \u00e9tait enceinte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez<\/strong> (via traducteur) Je ne me sentais pas bien. Je pense que c&rsquo;\u00e9tait d\u00fb au premier mois de ma grossesse. J&rsquo;ai donc demand\u00e9 \u00e0 Carlos de me faire un test de grossesse. J&rsquo;ai d\u00e9couvert que j&rsquo;\u00e9tais enceinte gr\u00e2ce \u00e0 un test de grossesse \u00e0 domicile, et j&rsquo;ai su que j&rsquo;avais besoin de soins continus tout au long de ma grossesse. Dans mon pays, lorsque vous \u00eates enceinte, vous allez chez le m\u00e9decin tous les mois pendant toute la dur\u00e9e de votre grossesse. On l&rsquo;appelle, on prend rendez-vous et on obtient tr\u00e8s facilement des r\u00e9ponses \u00e0 ses questions. J&rsquo;ai donc consult\u00e9 une amie pour savoir comment proc\u00e9der ici, et elle m&rsquo;a dit que l&rsquo;assurance ne me couvrirait pas avant 12 semaines de grossesse. Je ne savais pas quand j&rsquo;atteindrais 12 semaines de grossesse. Et comment pouvais-je le savoir sans voir un m\u00e9decin ? Plus tard dans la grossesse, j&rsquo;ai remarqu\u00e9 des saignements qui m&rsquo;ont inqui\u00e9t\u00e9e et, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 mon mari, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aller aux urgences de l&rsquo;h\u00f4pital Lasalle. \u00c0 cause d&rsquo;Omicron, mon mari ne pouvait pas m&rsquo;accompagner, alors il est rest\u00e9 dans le stationnement avec ma fille et je suis entr\u00e9e avec mon masque et tout le reste au service de triage. On m&rsquo;a pris la tension art\u00e9rielle. Ils ont pris mes signes vitaux. Puis ils m&rsquo;ont envoy\u00e9e \u00e0 la comptabilit\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai appris qu&rsquo;une consultation me co\u00fbterait 1 700 dollars. Je suis donc partie parce que je n&rsquo;avais pas d&rsquo;argent. Je me souviens d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 dans ma cuisine et de m&rsquo;\u00eatre effondr\u00e9e. Je ne savais pas si je perdais mon b\u00e9b\u00e9 ou si j&rsquo;\u00e9tais malade. J&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 Carlos, et il m&rsquo;a dit qu&rsquo;avec 1 700 dollars, on pouvait aller en Colombie, se faire examiner, faire des tests et revenir en avion. Ce serait de la folie de d\u00e9penser 1 700 dollars pour une h\u00e9morragie. Nous ne pouvions pas d\u00e9penser une telle somme. Je me suis donc renseign\u00e9e et les gens m&rsquo;ont dit d&rsquo;exag\u00e9rer l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour que je sois soign\u00e9e, puis de convenir d&rsquo;un plan de paiement avec eux. Mais je ne voulais pas m&rsquo;endetter lourdement aupr\u00e8s de l&rsquo;h\u00f4pital. Je voulais simplement que ma grossesse soit suivie dans la dignit\u00e9 et je voulais savoir \u00e0 combien de semaines j&rsquo;en \u00e9tais. Mon mari et moi avons donc cherch\u00e9 sur Marketplace et, pour 30 dollars, nous avons trouv\u00e9 un moniteur cardiaque qui nous permettait d&rsquo;\u00e9couter notre b\u00e9b\u00e9. Si je n&rsquo;allais pas faire d&rsquo;\u00e9chographie, je voulais savoir que le b\u00e9b\u00e9 allait bien et que son c\u0153ur battait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>C&rsquo;est alors qu&rsquo;une amie lui parle de M\u00e9decins du Monde. Elle a appel\u00e9 la clinique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur) <\/strong>J&rsquo;ai dit que je voulais parler \u00e0 quelqu&rsquo;un en espagnol et une charmante Mexicaine m&rsquo;a aid\u00e9e au t\u00e9l\u00e9phone. Elle m&rsquo;a mise en relation avec une assistante sociale qui communiquait avec moi via WhatsApp. Elle s&rsquo;appelait Morgan et c&rsquo;est la premi\u00e8re personne qui m&rsquo;a vraiment fait sentir que ma grossesse et mon b\u00e9b\u00e9 avaient de l&rsquo;importance. J&rsquo;ai fini par obtenir un rendez-vous avec un m\u00e9decin b\u00e9n\u00e9vole et, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Morgan sur WhatsApp et du m\u00e9decin, ils me demandaient sans cesse le soir dans leurs textos : Comment va votre b\u00e9b\u00e9 ? Et ils ont fix\u00e9 mon premier rendez-vous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Lorsqu&rsquo;elle a accouch\u00e9, elle venait d&rsquo;obtenir son dipl\u00f4me, ce qui lui permettait de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un permis de travail postuniversitaire&#8230; et d&rsquo;\u00eatre affili\u00e9e au r\u00e9gime public d&rsquo;assurance maladie du Qu\u00e9bec.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur)<\/strong> Mais le processus d&rsquo;obtention d&rsquo;un permis de travail postuniversitaire et de la carte d&rsquo;assurance maladie est un processus fastidieux qui prend environ quatre mois. Et je courais contre la montre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>M\u00e9decins du monde l&rsquo;a aid\u00e9e dans ses d\u00e9marches.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur) <\/strong>Apr\u00e8s plusieurs appels, quelqu&rsquo;un a pu me d\u00e9clarer prioritaire et me prendre en charge. Mais les b\u00e9b\u00e9s sont cens\u00e9s arriver apr\u00e8s 40 semaines, et mon b\u00e9b\u00e9 est arriv\u00e9 apr\u00e8s 41 semaines et un jour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Sa carte de sant\u00e9 est arriv\u00e9e un jeudi. Le b\u00e9b\u00e9 est arriv\u00e9 le samedi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur)<\/strong> Tout s&rsquo;est donc pass\u00e9 au moment pr\u00e9vu. Je pense que c&rsquo;\u00e9tait un grand cadeau pour moi. Cela m&rsquo;a permis d&rsquo;accoucher dans le calme. Apr\u00e8s l&rsquo;accouchement, j&rsquo;ai re\u00e7u une facture que je n&rsquo;\u00e9tais pas tenue de payer et qui aurait co\u00fbt\u00e9 12 000 dollars.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> De nombreux d\u00e9tails de l&rsquo;histoire de Thatiana &#8211; l&rsquo;incertitude, la barri\u00e8re de la langue, le stress d&rsquo;\u00eatre refus\u00e9 par un h\u00f4pital dans un moment de d\u00e9sespoir &#8211; sont partag\u00e9s par d&rsquo;autres. Mais pour ceux qui n&rsquo;ont pas de statut, il y a aussi la peur de l&rsquo;expulsion. Penelope entend cela tout le temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> Nous avons suivi des femmes enceintes. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, m\u00eame si nous savons que leur situation est vraiment difficile et qu&rsquo;elles ont du mal \u00e0 manger, parfois elles ne nous le disent m\u00eame pas parce qu&rsquo;elles ont peur que quelqu&rsquo;un prenne leur enfant. Ils ont peur que quelqu&rsquo;un vienne inspecter leur maison. Ils ne savent pas et n&rsquo;ont pas confiance. Nous devons donc comprendre et \u00eatre vraiment ouverts pour recevoir et attendre que les gens soient pr\u00eats \u00e0 en parler. \u00c0 M\u00e9decins du monde, nous rencontrons les m\u00eames probl\u00e8mes que dans n&rsquo;importe quelle clinique sans rendez-vous. Il y a donc beaucoup de maladies chroniques. Comme les gens n&rsquo;ont pas acc\u00e8s aux soins de pr\u00e9vention, ce sont des maladies qui se d\u00e9veloppent, comme le diab\u00e8te, l&rsquo;hypertension art\u00e9rielle, mais cela dure depuis des ann\u00e9es. En r\u00e9alit\u00e9, lorsqu&rsquo;ils viennent nous voir, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils se sentent vraiment mal, parce qu&rsquo;ils ont un r\u00e9el besoin auquel ils doivent r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Il semble donc qu&rsquo;il y ait beaucoup de probl\u00e8mes cach\u00e9s \u00e0 cause des situations dans lesquelles ces personnes se trouvent. \u00c0 votre avis, quelle est la part de la demande qui est r\u00e9ellement cach\u00e9e ? Je veux dire que depuis l&rsquo;ouverture de la clinique, vous avez probablement eu un afflux de personnes qui acc\u00e8dent aux services. Mais \u00e0 votre avis, quels sont les besoins les plus criants ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Penelope Boudreault <\/strong>Je pense que le besoin r\u00e9el est \u00e9norme parce que nous sommes de tr\u00e8s petites cliniques. Deux infirmi\u00e8res, deux travailleurs sociaux. Et nous avons, comme en ce moment, un triage par t\u00e9l\u00e9phone. Nous recevons 40, 50, 60 appels t\u00e9l\u00e9phoniques, peut-\u00eatre plus, car certaines personnes ne sont pas admissibles \u00e0 nos services. Beaucoup d&rsquo;entre eux sont des demandeurs d&rsquo;asile, ils ont donc acc\u00e8s au syst\u00e8me. Notre travail consiste donc \u00e0 leur dire qu&rsquo;ils ont acc\u00e8s au syst\u00e8me. L&rsquo;acc\u00e8s n&rsquo;est pas parfait, mais vous avez acc\u00e8s aux services de sant\u00e9. Disons que 20 \u00e0 30 % d&rsquo;entre eux sont admissibles \u00e0 nos services. Et puis nous avons une clinique sans rendez-vous le jeudi. Ici, il y aura peut-\u00eatre 30 ou 40 personnes qui se pr\u00e9senteront \u00e0 la porte. Et nous pourrions en voir 10 ou 12. Nous ne pouvons donc pas recevoir les autres. Et il ne s&rsquo;agit que des personnes qui viennent chez nous. Et m\u00eame pour les personnes qui viennent \u00e0 la clinique, nous n&rsquo;avons pas acc\u00e8s \u00e0 beaucoup de choses, si nous parlons de cancer, nous ne faisons pas de chirurgie ici. Donc, m\u00eame s&rsquo;ils ont acc\u00e8s \u00e0 M\u00e9decins du monde, nous ne pouvons pas tout prendre en charge.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Prenons le cas des patients qui n&rsquo;ont pas acc\u00e8s \u00e0 vos services et qui doivent payer de leur poche quelque part. Pour ces personnes, combien co\u00fbte un examen de base ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault <\/strong>C&rsquo;est tr\u00e8s cher. Dans beaucoup d&rsquo;endroits, ils ne pourront pas y aller de toute fa\u00e7on parce que certaines cliniques n&rsquo;acceptent tout simplement pas de voir les gens qui n&rsquo;ont pas de carte ou qui n&rsquo;ont pas de m\u00e9decin dans la clinique. C&rsquo;est difficile pour la population, et pour toute la population, d&rsquo;avoir acc\u00e8s \u00e0 un m\u00e9decin. Et si vous n&rsquo;avez pas de RAMQ ou de couverture pour les demandeurs d&rsquo;asile, c&rsquo;est encore plus difficile. Souvent, ils doivent aller \u00e0 l&rsquo;urgence, ce qui leur co\u00fbte 400, 500, 600 $, juste pour y entrer. Ensuite, ils voient le m\u00e9decin et tout ce qu&rsquo;ils doivent faire, les tests sanguins, les examens, ils doivent payer avant. Si ce n&rsquo;est pas une ambulance qui vous am\u00e8ne aux urgences parce que vous avez eu un accident de voiture et que vous ne parlez plus, alors vous b\u00e9n\u00e9ficierez des services avant. Mais si vous entrez dans l&rsquo;h\u00f4pital, vous devrez payer avant d&rsquo;obtenir les services.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Il y a une exception pour les enfants. En septembre 2021, avec l&rsquo;aide de M\u00e9decins du monde, une nouvelle loi a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e au Qu\u00e9bec pour permettre aux enfants dont les parents ont un statut migratoire pr\u00e9caire d&rsquo;acc\u00e9der aux soins de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> C&rsquo;est nouveau. Avant cela, m\u00eame les enfants n&rsquo;avaient pas acc\u00e8s aux services de sant\u00e9. Beaucoup de familles m&rsquo;ont dit : mon enfant a de la fi\u00e8vre. Cela fait deux ou trois jours. Les m\u00e9dicaments ne fonctionnent pas. Il fait 40\u00b0 de fi\u00e8vre et j&rsquo;ai vraiment peur. Que dois-je faire ? Je veux que mon enfant aille mieux, mais je dois d\u00e9cider si je paie 400 ou 500 dollars juste pour voir le m\u00e9decin et que ce n&rsquo;est rien. Et je n&rsquo;ai plus d&rsquo;argent pour nourrir mon enfant. C&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9 de beaucoup d&rsquo;immigrants ici \u00e0 Montr\u00e9al.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Y a-t-il des histoires de patients qui vous ont marqu\u00e9e au fil des ans ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> Il y en a tellement. Je me souviens, mais c&rsquo;est il y a longtemps, quand je travaillais dans les rues et que nous avons eu cette premi\u00e8re histoire en 2009, l&rsquo;homme est venu me voir et il \u00e9tait genre, tout cass\u00e9 avec les os bris\u00e9s et tout et il a dit, je ne peux pas avoir acc\u00e8s au suivi \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital parce que c&rsquo;est trop cher. Je lui ai alors demand\u00e9 ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9. Il travaillait sur un chantier et il est tomb\u00e9. Il \u00e9tait tout cass\u00e9. Il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il se souvenait avoir \u00e9t\u00e9 dans une sorte de coma, mais qu&rsquo;il avait entendu les infirmi\u00e8res et le m\u00e9decin marcher autour de lui et dire qu&rsquo;il devrait \u00eatre mort. Nous ne comprenons pas comment il a pu survivre \u00e0 cela. Il est tout cass\u00e9. Il co\u00fbte des milliers de dollars, environ 10 000 dollars par jour, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Il ne pourra jamais payer pour \u00e7a. Et il entendait \u00e7a. Et puis, quand il s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9 du coma, il a dit que, d\u00e8s qu&rsquo;ils ont pu, c&rsquo;\u00e9tait il y a longtemps mais quand m\u00eame, ils l&rsquo;ont sorti de l&rsquo;h\u00f4pital sans aucun suivi, rien. Et puis je vois cet homme dans la rue, qui dit qu&rsquo;il veut vivre, qu&rsquo;il veut continuer, mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il va faire de sa situation ? Il n&rsquo;a pas acc\u00e8s \u00e0 des services qui l&rsquo;aideraient \u00e0 aller mieux. Comment va-t-il travailler dans cette situation ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Les gouvernements du Canada ont suspendu une grande partie des approches centr\u00e9es sur le syst\u00e8me qui, \u00e0 mon avis, rendaient la vie plus difficile aux patients comme les migrants pr\u00e9caires. Lorsque vous \u00e9tiez au c\u0153ur de la pand\u00e9mie, y a-t-il eu des changements qui ont facilit\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s aux soins pour les patients ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Penelope Boudreault<\/strong> Malheureusement, non. La r\u00e9alit\u00e9 de la population \u00e9tait plus difficile. Ils avaient des emplois. Ils les ont perdus. Ils avaient un emploi le soir. Puis il y a eu le couvre-feu. Les gens se cachaient pour \u00eatre s\u00fbrs de ne pas \u00eatre recherch\u00e9s ou trouv\u00e9s par la police. Et puis nous avons eu le gouvernement qui disait : si c&rsquo;est li\u00e9 au COVID, les gens peuvent \u00eatre soign\u00e9s. Donc, si vous avez le COVID, vous pouvez aller aux urgences ou \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et vous recevrez les soins dont vous avez besoin. Mais de nombreuses personnes ont d\u00fb prouver que c&rsquo;\u00e9tait bien cela, ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile non plus. La situation, la r\u00e9alit\u00e9, avec le loyer, le travail, l&rsquo;argent, la nourriture, les gens avaient peur parce qu&rsquo;ils ne voulaient pas tomber malades. Si vous tombez malade \u00e0 cause de COVID, vous n&rsquo;avez pas acc\u00e8s aux services de sant\u00e9, m\u00eame si, sur papier, COVID \u00e9tait couvert, mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas comme \u00e7a, ce n&rsquo;\u00e9tait jamais aussi facile. M\u00eame pour avoir acc\u00e8s \u00e0 la vaccination, c&rsquo;\u00e9tait compliqu\u00e9. Nous avons essay\u00e9 d&rsquo;avoir une carte parce qu&rsquo;il fallait alors s&rsquo;identifier. Et puis avoir des papiers pour quelqu&rsquo;un qui a des probl\u00e8mes d&rsquo;immigration, c&rsquo;est compliqu\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait donc encore plus difficile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Je veux dire que je pense que l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me de sant\u00e9 est en difficult\u00e9. Un syst\u00e8me de sant\u00e9 qui fonctionne pour les plus vuln\u00e9rables est un syst\u00e8me de sant\u00e9 qui fonctionnera pour tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Voici le Dr Baijayanta Mukhopadhyay.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Je suis un m\u00e9decin de famille qui travaille principalement, depuis dix ans, dans l&rsquo;Eeyou Istchee, c&rsquo;est-\u00e0-dire les territoires cris de la baie James dans le nord du Qu\u00e9bec, dans ce qu&rsquo;on appelle le nord du Qu\u00e9bec. Il y a aussi les territoires du Trait\u00e9 3 et du Trait\u00e9 9 dans le nord de l&rsquo;Ontario. Je travaille avec des personnes sans papiers, des migrants au statut pr\u00e9caire, des jeunes queers et trans dans la ville, ainsi qu&rsquo;avec des personnes non log\u00e9es dans la ville. Je pense que c&rsquo;est l&rsquo;une des choses qui, en particulier dans les conversations de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, lorsque nous r\u00e9fl\u00e9chissons davantage aux structures, aux processus et aux dynamiques sociales qui affectent l&rsquo;acc\u00e8s des personnes aux soins, est une chose que j&rsquo;ai vraiment envie de dire aux gens, parce que les gens se perdent souvent dans le \u00a0\u00bb oh, mais j&rsquo;ai eu tellement de mal \u00e0 voir mon m\u00e9decin, mais j&rsquo;ai eu tellement de mal avec ce processus et le temps d&rsquo;attente a \u00e9t\u00e9 si long \u00ab\u00a0. Et je pense que je veux vraiment dire aux gens que si le syst\u00e8me fonctionne pour les personnes qui n&rsquo;ont aucun acc\u00e8s \u00e0 une quelconque forme de soutien social, cela signifie probablement que vous vous en sortirez. Vous savez, du haut de vos privil\u00e8ges, vous vous en sortiriez probablement parce que le syst\u00e8me est capable de s&rsquo;occuper de ceux qui n&rsquo;en ont pas. Et c&rsquo;est quelque chose que j&rsquo;ai l&rsquo;impression que nous avons un peu perdu apr\u00e8s les premi\u00e8res vagues de COVID-19. Je pense que nous avons peut-\u00eatre un peu perdu cette perspective.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> En 2017, le Dr Mukhopadhyay a \u00e9crit un essai pour CBC intitul\u00e9 \u00ab\u00a0En tant que m\u00e9decin, je d\u00e9nonce le bluff du Canada sur, entre guillemets, les soins de sant\u00e9 \u00ab\u00a0universels\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Je pense que nous avons ce mythe au Canada que, oh, bien. Le probl\u00e8me est r\u00e9solu. Nous avons r\u00e9solu ce probl\u00e8me. Pour la plupart des gens, ce n&rsquo;est pas vrai. Vous savez, beaucoup de soins de sant\u00e9 dont nous avons besoin, comme nos dents, par exemple, nos yeux, pour pouvoir voir, ne sont pas couverts. C&rsquo;est une chose. Mais pour les soins m\u00e9dicaux, dont la plupart d&rsquo;entre nous supposent qu&rsquo;ils sont couverts, que nous n&rsquo;avons pas \u00e0 payer pour voir un m\u00e9decin, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;obstacle financier \u00e0 la consultation d&rsquo;un m\u00e9decin. Ce n&rsquo;est pas vrai. Nous disposons d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;assurance maladie publique universelle. Nous n&rsquo;avons pas de service de sant\u00e9 universel. Un syst\u00e8me d&rsquo;assurance implique que l&rsquo;on soit assur\u00e9, que l&rsquo;on ait acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;assurance. Or, au Canada, nous avons d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il fallait pr\u00e9senter certains documents pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de cette assurance. Il s&rsquo;agit souvent d&rsquo;un document de citoyennet\u00e9, soit un certificat de naissance, soit un document attestant que vous \u00eates citoyen, un certificat de naturalisation ou un certain type de visa. C&rsquo;est ainsi que nous avons d\u00e9cid\u00e9 qui avait acc\u00e8s ou non aux soins de sant\u00e9. Cela ne veut pas dire que tout le monde dans ce pays a acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9, et surtout que notre syst\u00e8me de migration pousse les gens vers de plus en plus de pr\u00e9carit\u00e9, nous nous dirigeons vers des formes temporaires de migration, nous poussons de plus en plus de gens dans ces situations sociales pr\u00e9caires o\u00f9 ils n&rsquo;ont pas forc\u00e9ment acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9. Et il y a certainement un grand nombre de personnes sans papiers, des personnes qui se retrouvent dans le pays, mais qui n&rsquo;ont pas les papiers pour dire qu&rsquo;elles peuvent vivre dans ce pays et qui n&rsquo;ont pas acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> J&rsquo;imagine que les gens pensent imm\u00e9diatement qu&rsquo;il s&rsquo;agit de personnes qui sont entr\u00e9es clandestinement dans le pays. Vous savez, des gens qui sont ici ill\u00e9galement. Avant de reparler de l&rsquo;acc\u00e8s, que se passe-t-il en r\u00e9alit\u00e9 ? Qui sont ces personnes ? Comment se sont-ils retrouv\u00e9s dans cette situation ? Comment en sont-elles arriv\u00e9es \u00e0 un point o\u00f9 elles n&rsquo;ont plus acc\u00e8s au financement de leurs soins de sant\u00e9 par le biais des m\u00e9canismes gouvernementaux ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Il y a toute une s\u00e9rie d&rsquo;histoires, il y a toute une s\u00e9rie de parcours pour \u00eatre sans papiers. L&rsquo;une des voies les plus courantes consiste \u00e0 demander le statut de r\u00e9fugi\u00e9 dans le pays et, au fur et \u00e0 mesure que le statut de r\u00e9fugi\u00e9 passe par tous les tribunaux et les cours de justice, ils finissent par avoir une vie ici. Ils finissent par travailler, aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, rencontrer des partenaires, avoir des enfants. Et finalement, un jour, un organisme gouvernemental d\u00e9cide qu&rsquo;en fait, non, vous ne pouvez pas rester ici. \u00c0 ce moment-l\u00e0, leur vie est ici, et les gens finissent par ne plus partir. Dans d&rsquo;autres cas, il s&rsquo;agit de personnes titulaires d&rsquo;une sorte de visa de migrant temporaire. Les complications li\u00e9es au type de visa dont vous b\u00e9n\u00e9ficiez, l&rsquo;acc\u00e8s aux services sociaux dont vous pouvez b\u00e9n\u00e9ficier, peuvent \u00eatre tr\u00e8s difficiles \u00e0 d\u00e9chiffrer. Et parfois, ils d\u00e9pendent de votre statut professionnel. Si vous changez d&#8217;employeur, si vous quittez votre emploi, vous perdez l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 toute une s\u00e9rie de prestations. Il y a donc toute une s\u00e9rie de fa\u00e7ons dont les gens se retrouvent dans ces situations. En g\u00e9n\u00e9ral, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un acte criminel. Et m\u00eame pour les personnes qui entrent dans un pays sans autorisation, ce n&rsquo;est pas un acte criminel, vous savez ? Et je pense que les personnes qui fuient pour se sentir en s\u00e9curit\u00e9, qui fuient la violence sous toutes ses formes, y compris les formes structurelles de violence, ce n&rsquo;est pas un crime de vouloir se prot\u00e9ger. Et je pense qu&rsquo;il est vraiment important de le souligner dans ces conversations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Vous \u00eates donc l&rsquo;un de ces patients qui sait ou n&rsquo;a pas encore r\u00e9alis\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;est pas couvert par une assurance et vous vous pr\u00e9sentez \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ou dans une clinique pour recevoir des soins pour quelque chose dont vous pensez avoir besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>Pouvez-vous nous pr\u00e9senter, vous savez, quelques sc\u00e9narios diff\u00e9rents, peut-\u00eatre un sc\u00e9nario dans lequel vous vous pr\u00e9sentez avec quelque chose d&rsquo;assez s\u00e9rieux. Vous avez des douleurs thoraciques et vous \u00eates peut-\u00eatre en train de faire une crise cardiaque ou quelque chose comme \u00e7a. Ou bien vous pr\u00e9sentez quelque chose d&rsquo;un peu plus courant, mais qui ne met pas votre vie en danger. Beaucoup de patients au Canada souffrent de douleurs \u00e0 la hanche ou au genou ou d&rsquo;autres choses qui pourraient mener \u00e0 quelque chose de beaucoup plus n\u00e9faste. En quoi ces exp\u00e9riences ont-elles \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes lorsqu&rsquo;ils ont navigu\u00e9 dans le syst\u00e8me de soins de sant\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Si vous vous pr\u00e9sentez dans une clinique, une clinique sans rendez-vous, disons, parce que vous avez mal au genou, il est peu probable que vous franchissiez la porte, en fait, parce que d\u00e8s le d\u00e9part, on vous demandera probablement votre carte d&rsquo;assurance maladie provinciale ou si vous \u00eates un demandeur d&rsquo;asile f\u00e9d\u00e9ral. Si la clinique le sait, et certaines cliniques ne le savent pas, on vous demandera votre carte d&rsquo;assurance maladie de r\u00e9fugi\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral. Si vous n&rsquo;avez ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, vous n&rsquo;obtiendrez pas de rendez-vous, vous ne serez pas re\u00e7u. On vous dira peut-\u00eatre que si vous nous versez une certaine somme d&rsquo;argent, vous pourrez voir le m\u00e9decin. C&rsquo;est en fait la solution la plus facile, car s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un probl\u00e8me de vie ou d&rsquo;une urgence imm\u00e9diate, vous ne pourrez probablement pas le faire si vous n&rsquo;avez pas d&rsquo;argent disponible. Pour une urgence, c&rsquo;est un peu diff\u00e9rent. Les services d&rsquo;urgence ont l&rsquo;obligation de traiter toute personne qui se pr\u00e9sente, m\u00eame si elle n&rsquo;est pas en mesure de payer imm\u00e9diatement ou si ses soins ne sont pas couverts imm\u00e9diatement. Ce n&rsquo;est pas toujours le cas, mais c&rsquo;est en principe ainsi que cela doit fonctionner et la plupart des services d&rsquo;urgence s&rsquo;y conforment. Mais il est tr\u00e8s probable que, si vous souffrez de douleurs thoraciques et que vous finissez par avoir une crise cardiaque et que vous \u00eates admis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour quelques jours, il est tr\u00e8s probable que vous recevrez une facture de l&rsquo;h\u00f4pital par la suite. Les gens en sont conscients. C&rsquo;est pourquoi la crainte de recevoir une facture emp\u00eache souvent les gens de se rendre aux urgences, ce qui a bien s\u00fbr des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur leur sant\u00e9. Je pense que ce qui me frappe le plus, et ce qui est vraiment difficile parfois, c&rsquo;est de se dire que si seulement on \u00e9tait venu plus t\u00f4t. Les histoires qui me viennent le plus \u00e0 l&rsquo;esprit ne sont m\u00eame pas du genre \u00ab\u00a0oh, eh bien, vous auriez v\u00e9cu plus longtemps\u00a0\u00bb ou quelque chose comme \u00e7a. C&rsquo;est juste l&rsquo;ampleur de la souffrance. La dur\u00e9e de la souffrance. C&rsquo;est vraiment difficile \u00e0 avaler pour les cliniciens. Comme pour n&rsquo;importe qui d&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Nous savons tous les deux, et tous ceux qui ont travaill\u00e9 dans le secteur de la sant\u00e9 le savent, que la bonne volont\u00e9 n&rsquo;est pas un mod\u00e8le durable pour les soins de sant\u00e9, vous savez ? Comment red\u00e9finir ce qui se passe en tant que prestataire ? Au-del\u00e0 du simple financement de tous les sans-papiers. Vous savez, vous parlez de beaucoup de choses qui, je pense, sont des le\u00e7ons que nous pourrions tirer du traitement des patients en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> Pour \u00eatre clair, je pense que financer les soins de sant\u00e9 de tout le monde est une chose importante ! Mais au-del\u00e0 de cela, il est parfois difficile d&rsquo;articuler, comme&#8230; parfois c&rsquo;est un sentiment et il est difficile d&rsquo;articuler ce sentiment. L&rsquo;une des choses qui me semble vraiment importante au Canada, et je pense avoir lu des critiques \u00e0 ce sujet dans divers endroits, c&rsquo;est que nous avons un mod\u00e8le de soins tellement institutionnel. Cela fait partie des perversit\u00e9s de nos m\u00e9canismes de financement, o\u00f9 beaucoup d&rsquo;argent est canalis\u00e9 vers les h\u00f4pitaux parce que c&rsquo;est ainsi que fonctionne notre syst\u00e8me d&rsquo;assurance maladie, ou m\u00eame parce que nous devons nous rendre dans une clinique m\u00e9dicale pour obtenir des soins. Il me semble que nous pourrions envisager de red\u00e9finir ou de r\u00e9imaginer les soins et de les consid\u00e9rer comme quelque chose qui se passe davantage dans les quartiers. Dans les premiers jours du COVID-19, on a beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce que cela pouvait donner pendant que les gens \u00e9taient enferm\u00e9s, en se demandant comment s&rsquo;assurer que les gens de notre quartier \u00e9taient r\u00e9ellement pris en charge. Et je pense que c&rsquo;est tr\u00e8s diff\u00e9rent de l&rsquo;id\u00e9e que, pour obtenir des soins, je dois aller dans ce grand b\u00e2timent effrayant qui a beaucoup d&rsquo;\u00e9clairage fluorescent, qui sent bizarre et dont les gens ne parlent peut-\u00eatre pas ma langue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Si vous cherchez \u00e0 recadrer la fa\u00e7on dont les gouvernements et peut-\u00eatre m\u00eame les Canadiens per\u00e7oivent toute cette question, quel est, selon vous, le message le plus important \u00e0 faire passer et auquel nous ne pr\u00eatons peut-\u00eatre pas attention en ce moment ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Baijayanta Mukhopadhyay<\/strong> La croyance selon laquelle notre syst\u00e8me de sant\u00e9 est intrins\u00e8quement magnanime et g\u00e9n\u00e9reux est tout simplement fausse. Ce n&rsquo;est pas ainsi qu&rsquo;il fonctionne. Et il a \u00e9t\u00e9 un outil de contr\u00f4le colonial. Il a fait progresser le contr\u00f4le colonial rien que sur ces terres et ces territoires. C&rsquo;est donc une chose, et le fait est qu&rsquo;il est possible d&rsquo;imaginer d&rsquo;autres syst\u00e8mes, comme des pays tels que l&rsquo;Espagne, par exemple, qui ont d\u00e9cid\u00e9 que les personnes sans papiers n&rsquo;auraient pas acc\u00e8s aux soins. Puis, quelques ann\u00e9es plus tard, ils sont revenus sur cette d\u00e9cision en disant qu&rsquo;en fait, cela ne fonctionnait pas. Il est donc possible de prendre des d\u00e9cisions diff\u00e9rentes. Au Royaume-Uni, avant que des d\u00e9cennies d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;aient d\u00e9cim\u00e9 le service national de sant\u00e9, vous pouviez obtenir des soins. Peu importe votre statut au Royaume-Uni. Et vous pouvez toujours y avoir acc\u00e8s. Si je ne me trompe pas, vous pouvez toujours consulter votre m\u00e9decin de famille si vous \u00eates sans papiers au Royaume-Uni. Il n&rsquo;est donc pas si radical de penser \u00e0 quelque chose de diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Du point de vue de P\u00e9n\u00e9lope, le succ\u00e8s signifierait que M\u00e9decins du monde pourrait fermer sa clinique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> C&rsquo;\u00e9tait un objectif depuis le d\u00e9but. Au cours de ces ann\u00e9es, je disais que nous travaillions \u00e0 dispara\u00eetre. Nous ne voulons pas \u00eatre un syst\u00e8me en dehors du syst\u00e8me. Les soins, les services de sant\u00e9 sont meilleurs dans le syst\u00e8me, mais il y a 17 ans, je dois admettre que je ne sais pas. Il y a tellement de choses qui doivent changer et les fissures sont grandes et quand nous allons commencer \u00e0 voir des gens qui ont besoin, oui, le migrant avec un statut pr\u00e9caire, mais les gens qui vivent dans la rue, les gens qui consomment des drogues, les Autochtones dans les rues de Montr\u00e9al qui n&rsquo;ont pas acc\u00e8s \u00e0 de vrais services de soins, ou s&rsquo;ils y ont acc\u00e8s, ils sont confront\u00e9s au racisme, \u00e0 la discrimination. C&rsquo;est une raison de plus pour ne pas s&rsquo;adresser au syst\u00e8me et ne pas obtenir les services de sant\u00e9 auxquels on a droit. Je pense que nous devons nous en rendre compte. Il y a beaucoup de choses \u00e0 changer dans le syst\u00e8me pour s&rsquo;assurer que tout le monde y a acc\u00e8s. Il faut donc changer radicalement l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des migrants, ne pas les consid\u00e9rer comme des personnes qui veulent venir ici et utiliser leurs services. S&rsquo;ils pouvaient avoir leur permis de travail et payer leurs imp\u00f4ts et tout le reste, ils le feraient. C&rsquo;est simplement le syst\u00e8me, le syst\u00e8me d&rsquo;immigration qui les met dans cette situation. Et nous sommes un pays riche. Nous sommes en mesure d&rsquo;accueillir des personnes qui font leur vie ici. Mais si nous leur rendons la vie plus facile, leur arriv\u00e9e est tellement compliqu\u00e9e. Nous les pla\u00e7ons dans une situation vuln\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Aujourd&rsquo;hui, par rapport \u00e0 ce que vous \u00e9tiez en 2009, avez-vous plus ou moins d&rsquo;espoir que les choses se soient am\u00e9lior\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e9n\u00e9lope Boudreault<\/strong> \u00c7a d\u00e9pend des jours. Parfois, il est difficile de ne pas voir que les choses empirent et que le syst\u00e8me ne s&rsquo;am\u00e9liore pas. Il ne traite pas mieux les gens. Et il y a toujours plus de gens qui n&rsquo;ont pas acc\u00e8s ou qui n&rsquo;ont pas leurs droits ou qui ne sont pas respect\u00e9s. C&rsquo;est donc difficile. Mais bien souvent, quand je me sens dans cette situation, j&rsquo;essaie de revenir en arri\u00e8re et de voir toutes les choses positives, toutes les personnes qui croient en nous. Et nous sommes invit\u00e9s et nous faisons des choses avec tant de personnes extraordinaires qui changent un peu les choses. Nous sommes donc tous ensemble. Je pr\u00e9f\u00e8re donc voir ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 et voir que m\u00eame si les choses bougent tr\u00e8s lentement, elles bougent. Elles bougent. Tout droit vers l&rsquo;avant. Pas derri\u00e8re. Nous ne revenons pas en arri\u00e8re. Et nous sommes plus nombreux. Nous devenons plus forts.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Thatiana et son mari travaillent actuellement \u00e0 l&rsquo;obtention de la r\u00e9sidence permanente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur)<\/strong> Nous faisons tout ce qu&rsquo;on nous demande, et nous pensons que cela portera ses fruits \u00e0 la fin. Nous esp\u00e9rons pouvoir obtenir notre permis de r\u00e9sidence permanente. Nous y travaillons depuis 2020 et nous aimerions que ce soit une chose de moins qui nous pr\u00e9occupe. Mais nous esp\u00e9rons que tout cela finira par porter ses fruits et nous sommes tr\u00e8s heureux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> Et le b\u00e9b\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thatiana Hernandez (via traducteur)<\/strong> Magnifique. Tr\u00e8s beau. Il se d\u00e9brouille bien. Il a commenc\u00e9 \u00e0 aller \u00e0 la garderie. Nous avons trouv\u00e9 une garderie il y a trois semaines. Il pleure beaucoup. Il est en p\u00e9riode de transition.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine<\/strong> L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, le Canada a accueilli plus de 405 000 nouveaux arrivants &#8211; le plus grand nombre jamais enregistr\u00e9 en une seule ann\u00e9e. Le gouvernement canadien, soutenu par les provinces et les territoires, continue de se fixer des objectifs ambitieux : 465 000 r\u00e9sidents permanents en 2023, 485 000 en 2024 et 500 000 en 2025. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un imp\u00e9ratif \u00e9conomique fort ; avec un taux de natalit\u00e9 n\u00e9gatif et une diminution de la disponibilit\u00e9 des travailleurs dans de nombreux domaines, la concurrence pour les migrants est un probl\u00e8me permanent pour les pays du monde entier. Au Qu\u00e9bec, au moins 50 000 personnes vivent sans assurance m\u00e9dicale. Selon un rapport publi\u00e9 en 2016 par le Wellesley Institute, on estime qu&rsquo;entre 200 000 et 500 000 personnes vivent au Canada sans assurance maladie. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un chiffre prudent, \u00e9quivalent \u00e0 la population d&rsquo;Halifax. Les migrants et les r\u00e9fugi\u00e9s repr\u00e9sentent une part importante de ce nombre. C&rsquo;est un fait que l&rsquo;acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 est l&rsquo;un des plus importants d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9. Le manque d&rsquo;acc\u00e8s peut avoir des cons\u00e9quences dramatiques, en particulier pour les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies graves ou chroniques. En tant que m\u00e9decin, je ne peux pas, en vertu de la loi et de l&rsquo;\u00e9thique, refuser des soins \u00e0 un patient qui se trouve dans une situation aigu\u00eb mettant sa vie en danger. En revanche, je peux refuser des soins pr\u00e9ventifs \u00e0 un patient et le forcer \u00e0 attendre pendant que ses fonctions et sa qualit\u00e9 de vie se d\u00e9t\u00e9riorent. C&rsquo;est un choix impossible laiss\u00e9 aux patients et aux prestataires de soins. Mais seuls les gouvernements ont le pouvoir de trouver la v\u00e9ritable solution.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Uninsured: How Universal is Canada\u2019s Healthcare System? Description Hundreds of thousands of people are living in Canada without health coverage, according to one estimate. So what happens when those people get sick, or hurt, or pregnant? 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