{"id":8393,"date":"2023-12-13T10:11:05","date_gmt":"2023-12-13T15:11:05","guid":{"rendered":"https:\/\/crrf-fcrr.ca\/?page_id=8393"},"modified":"2023-12-13T11:41:59","modified_gmt":"2023-12-13T16:41:59","slug":"the-healthcare-divide-5e-episode","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/crrf-fcrr.ca\/fr\/the-healthcare-divide-5e-episode\/","title":{"rendered":"The Healthcare Divide &#8211; 5e \u00e9pisode"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\"><h1 class=\"wp-block-post-title\">The Healthcare Divide &#8211; 5e \u00e9pisode<\/h1>\n\n\n<p><em>Front and Centre: Filipino Healthcare Workers and COVID<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"http:\/\/pod.link\/1715546912\">\u00c9couter sur une autre plateforme<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<iframe loading=\"lazy\" height=\"200px\" width=\"100%\" frameborder=\"no\" scrolling=\"no\" seamless src=\"https:\/\/player.simplecast.com\/ca2bf019-a5fc-405d-8b78-ab50100b71f5?dark=false\"><\/iframe>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Description<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Les migrantes et migrants philippins repr\u00e9sentent une part importante de la main-d&rsquo;\u0153uvre du secteur de la sant\u00e9 au Canada, en tant qu&rsquo;infirmi\u00e8res et aides-soignants. Ils ont \u00e9galement l&rsquo;un des revenus d&#8217;emploi moyens les plus faibles parmi les groupes d\u00e9sign\u00e9s comme minorit\u00e9s visibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conditions telles que les bas salaires et la pr\u00e9carit\u00e9 du statut de migrant ont \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9es par la pand\u00e9mie de COVID-19. Nous examinons ce que cette crise a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sur le travail dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Guests<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Dolie Anne Bulalakaw, travailleuse en r\u00e9sidence assist\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>Valerie Damasco, professeure adjointe de sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Trent<\/p>\n\n\n\n<p>Ethel Tungohan, professeure associ\u00e9e de politique \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 York<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Transcription<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p><strong>The Healthcare Divide<\/strong>, traduction de la transcription du balado<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5e \u00e9pisode &#8211; <strong><em>Front and Centre: Filipino Healthcare Workers and COVID<\/em><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La fracture sanitaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9pisode 5 : Au premier plan : Les travailleurs de la sant\u00e9 philippins et COVID<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Chaque jour, votre vie est en danger. Chaque jour, vous n&rsquo;arr\u00eatez pas d&rsquo;y penser. Je ne sais pas si je peux. Cela en vaut-il la peine ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien devrait offrir un acc\u00e8s \u00e9gal \u00e0 tous. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syst\u00e8me de nantis et de d\u00e9munis. Je m&rsquo;adresse aux personnes qui ont v\u00e9cu les in\u00e9galit\u00e9s de premi\u00e8re main et \u00e0 celles qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;apporter des changements.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Ce sont ces travailleurs qui ont permis \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 canadienne de continuer \u00e0 vivre. Et pourtant, une fois que nous en avons eu assez de taper sur nos casseroles, de les appeler des h\u00e9ros, une partie de la population les a bl\u00e2m\u00e9s et s&rsquo;est mise en col\u00e8re contre eux. Et je pense que certains travailleurs sociaux souffrent encore du syndrome de stress post-traumatique (SSPT).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Les<strong> <\/strong>immigrants originaires des Philippines constituent une part importante de la main-d&rsquo;\u0153uvre de premi\u00e8re ligne des infirmi\u00e8res et du personnel soignant au Canada. Lorsque la pand\u00e9mie a frapp\u00e9, ces travailleurs ont donc \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e. Dans cet \u00e9pisode, nous examinerons le fardeau que les infirmi\u00e8res et le personnel soignant philippins ont port\u00e9 pendant les pics de la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis le Dr Alika Lafontaine, anesth\u00e9siste et premier m\u00e9decin Autochtone \u00e0 avoir dirig\u00e9 l&rsquo;Association m\u00e9dicale canadienne. De la Fondation canadienne des relations raciales&#8230; voici <em>The Healthcare Divide<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Dolie Anne Bulalakaw \u00e9tait jeune, elle r\u00eavait de devenir infirmi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Oui, c&rsquo;est l&rsquo;un de mes plus grands r\u00eaves. Mais malheureusement, ma m\u00e8re et mon p\u00e8re sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s lorsque j&rsquo;\u00e9tais au lyc\u00e9e, alors les soins infirmiers aux Philippines co\u00fbtent un peu cher.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>N&rsquo;ayant<strong> <\/strong>pas les moyens de s&rsquo;offrir une \u00e9cole d&rsquo;infirmi\u00e8res, elle est devenue institutrice. Mais lorsque Dolie a immigr\u00e9 au Canada en 2012 pour rejoindre son mari, elle y a vu une deuxi\u00e8me chance de r\u00e9aliser ses r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Ce que j&rsquo;ai entendu dire \u00e0 mes beaux-parents, c&rsquo;est que si vous travaillez dans le secteur de la sant\u00e9, c&rsquo;est peut-\u00eatre l&rsquo;occasion de vous \u00e9panouir et de poursuivre votre r\u00eave de devenir infirmi\u00e8re. Il est tr\u00e8s facile et rapide d&rsquo;\u00eatre embauch\u00e9, car la plupart des \u00e9tablissements recrutent en permanence. Et vous savez, les \u00e9tablissements et les h\u00f4pitaux ont toujours besoin de personnel de sant\u00e9 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il y a donc beaucoup d&rsquo;opportunit\u00e9s d&#8217;emploi qui s&rsquo;offrent \u00e0 vous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Elle a trouv\u00e9 un emploi dans une maison de retraite.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>C&rsquo;est un peu mon tremplin pour r\u00e9aliser mes vrais r\u00eaves, qui sont de devenir infirmi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>En tant que travailleuse en r\u00e9sidence assist\u00e9e, Dolie peut effectuer de nombreuses t\u00e2ches diff\u00e9rentes. Les r\u00e9sidents continuent d&rsquo;accomplir les activit\u00e9s habituelles de la vie quotidienne. Cela signifie qu&rsquo;ils ont plus d&rsquo;ind\u00e9pendance que dans les maisons de soins de longue dur\u00e9e. Dolie travaille de 15 heures \u00e0 23 heures. La plupart du temps, son travail consiste \u00e0 s&rsquo;assurer que les r\u00e9sidents prennent correctement leurs m\u00e9dicaments. Mais \u00e0 20 heures, de nombreux autres membres du personnel cessent leur activit\u00e9, laissant Dolie et les r\u00e9sidents r\u00e9gler les probl\u00e8mes jusqu&rsquo;au lendemain matin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>\u00c0 20 heures, nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;infirmi\u00e8re, alors nous nous occupons de tout le travail de l&rsquo;infirmi\u00e8re. Nous n&rsquo;avons pas non plus de concierge. Il semble donc que nous nous occupions de tout. Incluant la lessive. Par exemple, si les r\u00e9sidents ont un probl\u00e8me dans les toilettes, c&rsquo;est nous qui nous en occupons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Il y a ensuite les aspects du travail qui sont moins tangibles, mais aussi importants. Et \u00e9prouvants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Cela fait partie de notre travail, de nous occuper du soutien \u00e9motionnel des r\u00e9sidents, car la plupart du temps, la famille est en mesure de leur rendre visite. Mais ce que je remarque, c&rsquo;est qu&rsquo;environ 10 % des familles de ces r\u00e9sidents ne peuvent s&rsquo;occuper de leurs parents et leur rendre visite. La plupart d&rsquo;entre eux se sentent donc seuls ou n&rsquo;ont pas de famille pour s&rsquo;occuper d&rsquo;eux. Cela fait donc partie de notre travail, de soutenir leurs \u00e9motions. Je suis une personne tr\u00e8s sensible et j&rsquo;essaie parfois d&rsquo;\u00e9tablir des limites entre moi et les r\u00e9sidents. Mais bien s\u00fbr, nous ne sommes qu\u2019humain et nous pouvons ressentir et leur donner de la sympathie, n&rsquo;est-ce pas ? Ainsi, sur le plan \u00e9motionnel, nous sommes la premi\u00e8re personne \u00e0 qui les r\u00e9sidents peuvent faire part de leur frustration \u00e9motionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, Dolie trouve son travail gratifiant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>J&rsquo;aime mon travail. C&rsquo;est pourquoi cela fait presque dix ans que je travaille dans ce type d&#8217;emploi. Chaque jour a un but dans la vie. Je me disais donc qu&rsquo;il y avait peut-\u00eatre une raison pour laquelle je travaillais dans le secteur de la sant\u00e9 et que j&rsquo;aidais les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Dolie est \u00e9galement pr\u00e9sidente de son syndicat local, repr\u00e9sentant \u00e0 la fois son \u00e9tablissement d&rsquo;aide \u00e0 la vie autonome et un \u00e9tablissement de soins de longue dur\u00e9e. Elle aide ses coll\u00e8gues qui traversent une p\u00e9riode difficile. Et l&rsquo;histoire qu&rsquo;elle entend de la part de ceux qui travaillent dans les \u00e9tablissements de soins de longue dur\u00e9e est totalement diff\u00e9rente de ce qu&rsquo;elle voit dans les r\u00e9sidences-services.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Elles pleurent parce qu&rsquo;il y a beaucoup de circonstances et de difficult\u00e9s. Dans les \u00e9tablissements de soins de longue dur\u00e9e, on est totalement \u00e9puis\u00e9, tous les jours. \u00c9puis\u00e9es. Stress\u00e9es. Si les r\u00e9sidents sont comme, vous changez leurs r\u00e9sidents avec les v\u00eatements, surtout si vous \u00eates dans une zone de d\u00e9mence. La plupart des r\u00e9sidents ou des patients vous frappent, vous tirent les cheveux parce qu&rsquo;ils refusent. En tant que personnel soignant, c&rsquo;est la routine de tous les jours. Et lorsque les r\u00e9sidents vous frappent, vous tirent les cheveux, vous insultent, cela semble normal. Ils ont l&rsquo;impression que personne ne va les aider, que personne ne va s&rsquo;occuper des aides-soignants. Pour \u00eatre honn\u00eate, la plupart de mes membres m&rsquo;ont dit que s&rsquo;il y avait une autre chance de recommencer, dix ou quinze ans en arri\u00e8re, peut-\u00eatre qu&rsquo;ils n&rsquo;accepteraient plus ce genre de travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Beaucoup d&rsquo;entre eux sont des personnes immigrantes, environ 90% sont des femmes, et un grand pourcentage d&rsquo;entre elles sont philippines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>La plupart des Philippins aiment les personnes \u00e2g\u00e9es et s&rsquo;en occupent. Il est donc facile pour nous d&rsquo;exercer ce m\u00e9tier car cela fait partie de notre culture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>En 2016, les Philippins repr\u00e9sentaient environ 30 % des immigrants travaillant dans les soins infirmiers ou le soutien aux soins de sant\u00e9 au Canada, totalisant pr\u00e8s de 45 000 travailleurs. Selon le recensement de 2016, les travailleurs de la sant\u00e9 philippins avaient l&rsquo;un des revenus d&#8217;emploi moyens les plus bas parmi les groupes de population d\u00e9sign\u00e9s comme minorit\u00e9s visibles. Ils ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 parmi les premiers travailleurs de la sant\u00e9 \u00e0 perdre la vie lorsque la crise COVID a frapp\u00e9 les \u00e9tablissements de soins de longue dur\u00e9e \u00e0 travers le Canada. Nous y reviendrons, mais je voudrais d&rsquo;abord comprendre pourquoi les Philippins sont devenus si nombreux \u00e0 occuper des postes d&rsquo;aides-soignants, qui comptent parmi les emplois les moins bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s du secteur de la sant\u00e9 au Canada. J&rsquo;ai appel\u00e9 Valerie Damasco pour en savoir plus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>Je suis professeure assistante au d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;universit\u00e9 de Trent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Valerie \u00e9tudie l&rsquo;impact de la migration et du travail sur les communaut\u00e9s philippines au Canada. Elle s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ce sujet \u00e0 travers l&rsquo;histoire de sa propre famille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>Je suis une Canadienne d&rsquo;origine philippine de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Ma famille a donc immigr\u00e9 dans le pays \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, gr\u00e2ce \u00e0 ma tante. C&rsquo;est elle qui est arriv\u00e9e la premi\u00e8re dans le pays et elle a parrain\u00e9 le reste de sa famille, y compris ma m\u00e8re, qui a suivi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Valerie n&rsquo;a appris les d\u00e9tails de l&rsquo;histoire de l&rsquo;immigration de sa famille qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Elle pr\u00e9parait sa ma\u00eetrise \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Toronto lorsqu&rsquo;elle est tomb\u00e9e sur un professeur qui donnait un cours sur les femmes aux Philippines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s curieuse parce que, vous savez, les discussions sur les Philippines, sur l&rsquo;immigration philippine, n&rsquo;\u00e9taient pas encore vraiment pr\u00e9sentes dans l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Elle a<strong> <\/strong>donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en savoir plus. Valerie a rejoint le Filipino Life History Group, un collectif qui interroge les gens sur la fa\u00e7on dont ils sont arriv\u00e9s au Canada. En commen\u00e7ant par sa propre famille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>La premi\u00e8re personne \u00e0 qui j&rsquo;ai parl\u00e9 au cours d&rsquo;un d\u00e9jeuner, un \u00e9t\u00e9, \u00e9tait ma tante, ma tante Lourdes. Je me souviens d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 chez elle et de lui avoir pos\u00e9 une seule question : comment es-tu arriv\u00e9e ici ? Qu&rsquo;est-ce qui vous a fait venir au Canada ? Elle m&rsquo;a r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Tu sais, Val\u00e9rie, j&rsquo;\u00e9tais une infirmi\u00e8re recrut\u00e9e aux Philippines. Et ce mot \u00ab\u00a0recrut\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e9tait lourd de sens. Il soulevait tellement de questions. Je pensais qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 parrain\u00e9e par mon oncle. Je pensais qu&rsquo;elle avait d&rsquo;abord travaill\u00e9 en Italie comme employ\u00e9e de maison ou aide-soignante avant de pouvoir d\u00e9crocher un emploi d&rsquo;infirmi\u00e8re ici. Elle m&rsquo;a montr\u00e9 cette lettre d&rsquo;offre d&#8217;emploi, qui m&rsquo;a vraiment choqu\u00e9e. Elle m&rsquo;a expliqu\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, il y avait une multitude de recruteurs aux Philippines, des recruteurs du Canada et des \u00c9tats-Unis, qui essayaient d&#8217;embaucher des infirmi\u00e8res philippines pour qu&rsquo;elles viennent ici.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>La premi\u00e8re grande vague d&rsquo;immigration d&rsquo;infirmi\u00e8res philippines au Canada a commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>Les infirmi\u00e8res qui sont arriv\u00e9es ici dans les ann\u00e9es 50 et 60 ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9es dans des \u00e9coles d&rsquo;infirmi\u00e8res priv\u00e9es aux Philippines, et ce sont les premi\u00e8res \u00e9coles qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es aux Philippines. Certaines d&rsquo;entre elles ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par le gouvernement colonial am\u00e9ricain au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900. Les Philippines \u00e9taient touch\u00e9es par des maladies infectieuses et, par le biais de la colonisation, les Philippines sont devenues le laboratoire m\u00e9dical occidental des \u00c9tats-Unis, o\u00f9 l&rsquo;on effectuait tous les tests relatifs aux maladies infectieuses telles que la tuberculose, le b\u00e9rib\u00e9ri, etc. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, ces h\u00f4pitaux ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s et les premi\u00e8res infirmi\u00e8res de ces \u00e9tablissements \u00e9taient des infirmi\u00e8res am\u00e9ricaines blanches. Ce sont ces personnes qui ont form\u00e9 des gens comme ma tante et les g\u00e9n\u00e9rations suivantes d&rsquo;infirmi\u00e8res philippines. Cette formation qu&rsquo;elles ont re\u00e7ue, le fait qu&rsquo;elle soit am\u00e9ricanis\u00e9e, je pense qu&rsquo;elle les a vraiment distingu\u00e9es. Lorsqu&rsquo;elles arrivaient ici, elles \u00e9taient pratiquement pr\u00eates \u00e0 travailler d\u00e8s le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Cette formation a \u00e9galement co\u00efncid\u00e9 avec les modifications apport\u00e9es aux lois canadiennes sur l&rsquo;immigration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>C&rsquo;est<strong> <\/strong>\u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque que le syst\u00e8me d&rsquo;immigration canadien a connu diff\u00e9rents changements. La lib\u00e9ralisation des politiques d&rsquo;immigration canadiennes, promulgu\u00e9e en 1962, s&rsquo;est poursuivie vers la fin des ann\u00e9es 1960, avec l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur du syst\u00e8me canadien de points.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Dans<strong> <\/strong>le domaine de la sant\u00e9, la discrimination et le racisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des professionnels de sant\u00e9 form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger trouvent parfois leur origine dans la croyance qu&rsquo;ils sont form\u00e9s \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur ou d&rsquo;une mani\u00e8re diff\u00e9rente. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la fa\u00e7on dont les infirmi\u00e8res philippines \u00e9taient form\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>On suppose aussi que ce sont des personnes qui n&rsquo;ont pas occup\u00e9 de postes de direction, n&rsquo;est-ce pas ? Chaque fois que je raconte cette histoire, je pense que beaucoup de gens sont choqu\u00e9s lorsqu&rsquo;ils apprennent que ces infirmi\u00e8res dirigeaient les \u00e9tages ou qu&rsquo;elles occupaient des postes de direction ou m\u00eame d&rsquo;enseignement \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, n&rsquo;est-ce pas ? Parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;histoire commune ou le probl\u00e8me commun est que les infirmi\u00e8res viennent ici et sont canalis\u00e9es vers les premi\u00e8res lignes des soins de sant\u00e9. Et je pense que le probl\u00e8me de cette affectation en premi\u00e8re ligne, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a, comme nous l&rsquo;avons vu aux informations, beaucoup de cas d&rsquo;\u00e9puisement professionnel. La question est donc de savoir, si c&rsquo;est le cas, pourquoi nous ne leur permettons pas d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 d&rsquo;autres postes au sein de la profession d&rsquo;infirmi\u00e8re, pour lesquels je suis s\u00fbr qu&rsquo;ils sont qualifi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Valerie indique qu&rsquo;il y a eu un moment, vers la fin des ann\u00e9es 1960, o\u00f9 ce changement s&rsquo;est amorc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>\u00c0 cette \u00e9poque, les fonctionnaires de l&rsquo;immigration sont devenus plus stricts quant aux crit\u00e8res qu&rsquo;ils recherchaient. Ainsi, au d\u00e9part, m\u00eame si l\u2019anglais n&rsquo;\u00e9tait pas un crit\u00e8re sp\u00e9cifique qu&rsquo;ils recherchaient dans le pass\u00e9, ces infirmi\u00e8res, comme ma tante, avaient l&rsquo;anglais pour langue maternelle. Elles ont \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9es dans des \u00e9coles anglophones aux Philippines. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1960, les choses ont vraiment chang\u00e9. Ils recherchaient cet ensemble de crit\u00e8res qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais eu l&rsquo;habitude d&rsquo;utiliser. Je dirais \u00e9galement que vers la fin des ann\u00e9es 1960 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, de nombreuses \u00e9coles d&rsquo;infirmi\u00e8res ont quitt\u00e9 les h\u00f4pitaux pour s&rsquo;installer dans les universit\u00e9s et les \u00e9tablissements d&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur. Et bien s\u00fbr, plus on forme d&rsquo;infirmi\u00e8res nationales, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles qui sont canadiennes, n&rsquo;est-ce pas ? Ou qui acc\u00e8dent \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation ici, il y a de fortes chances qu&rsquo;une fois que ces personnes auront termin\u00e9 leur \u00e9ducation et leur formation dans ces \u00e9coles, ce sont elles qui auront l&rsquo;occasion de travailler dans la profession. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, toutes ces infirmi\u00e8res voulaient venir dans le pays et y travailler comme infirmi\u00e8res. Mais en raison de la restructuration qui s&rsquo;op\u00e9rait dans le contexte de la politique d&rsquo;immigration, les comp\u00e9tences et les qualifications de ces personnes \u00e9taient \u00e9galement utiles dans ce type de profession, n&rsquo;est-ce pas ? M\u00eame si, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, je pense que le probl\u00e8me est que nous avons beaucoup de femmes philippines qui ont re\u00e7u une formation d&rsquo;infirmi\u00e8re dans leur pays d&rsquo;origine, mais qui ne peuvent venir ici qu&rsquo;en tant qu&#8217;employ\u00e9es de maison et gardiennes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>L&rsquo;une des principales raisons de ce changement est le programme des aides familiaux r\u00e9sidants, introduit par le gouvernement canadien en 1992. Ce programme a cr\u00e9\u00e9 une voie d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9sidence permanente pour les travailleurs \u00e0 domicile, y compris les nounous. Il a entra\u00een\u00e9 une nouvelle vague importante d&rsquo;immigration en provenance des Philippines. Dans de nombreux cas, des infirmi\u00e8res qualifi\u00e9es ont accept\u00e9 ces emplois pour avoir une chance de vivre en permanence au Canada. Ce programme a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 au fil des ans. Le changement le plus important a eu lieu en 2014, lorsque le gouvernement a supprim\u00e9 l&rsquo;obligation de r\u00e9sidence et a reclass\u00e9 ces emplois dans le cadre du programme des travailleurs \u00e9trangers temporaires. L&rsquo;incertitude li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9sidence dans le cadre du nouveau programme a suscit\u00e9 des inqui\u00e9tudes, mais le programme reste populaire. Selon un rapport r\u00e9cent de Statistique Canada, deux infirmi\u00e8res qualifi\u00e9es sur cinq qui immigrent des Philippines n&rsquo;occupent pas le poste pour lequel elles sont qualifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Nous avons<strong> <\/strong>certainement entendu des histoires de personnes qui arrivent ici avec un certain niveau de comp\u00e9tences et qui d\u00e9couvrent que, lorsqu&rsquo;elles arrivent ici, le march\u00e9 du travail ne tient pas compte de leur qualification pour occuper ces emplois parce qu&rsquo;il ne tient compte que de l&rsquo;exp\u00e9rience professionnelle canadienne, n&rsquo;est-ce pas ? Ou bien ils sont oblig\u00e9s d&rsquo;acqu\u00e9rir une formation plus pouss\u00e9e. Et cela co\u00fbte cher. Je m&rsquo;appelle Dre Ethel Tungohan. Je suis professeure agr\u00e9g\u00e9e de politique \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 York, et mes recherches portent sur la politique d&rsquo;immigration, les mouvements sociaux et l&rsquo;activisme. J&rsquo;ai \u00e9crit un livre qui vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9 et qui s&rsquo;intitule <em>Care Activism<\/em>. Je pense donc que lorsqu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse sp\u00e9cifiquement aux travailleurs de la sant\u00e9 philippins, il faut tenir compte des co\u00fbts n\u00e9cessaires pour \u00eatre accr\u00e9dit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas ? Nous devons \u00e9galement tenir compte du fait que, en particulier pour les personnes qui quittent le programme des aides familiaux pour obtenir la r\u00e9sidence permanente au Canada, d\u00e9penser beaucoup d&rsquo;argent pour se former \u00e0 nouveau, essayer d&rsquo;obtenir une nouvelle accr\u00e9ditation et retourner \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;a pas de sens si l&rsquo;on tient compte du fait qu&rsquo;ils doivent \u00e9galement \u00e9conomiser de l&rsquo;argent pour que les membres de leur famille les rejoignent dans le pays. Ainsi, pour beaucoup d&rsquo;immigr\u00e9s, il faut se demander si cela vaut la peine de d\u00e9penser du temps, de l&rsquo;argent et des ressources pour retourner \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, essayer de se r\u00e9accr\u00e9diter, d&rsquo;obtenir les dipl\u00f4mes n\u00e9cessaires. Ne vaudrait-il pas mieux que j&rsquo;accepte les emplois qui se pr\u00e9sentent \u00e0 moi et que j&rsquo;esp\u00e8re que mes enfants et leurs enfants pourront exercer les professions qu&rsquo;ils d\u00e9sirent, n&rsquo;est-ce pas ? Il s&rsquo;agit donc moins d&rsquo;une question d&rsquo;individu. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t de voir ce qui est le plus logique pour les membres de votre famille, en particulier vos enfants et vos petits-enfants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Apr\u00e8s avoir satisfait aux exigences de la r\u00e9sidence permanente, beaucoup se tournent vers des emplois dans le domaine des soins de longue dur\u00e9e ou de l&rsquo;aide \u00e0 la vie autonome.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Quand on voit \u00e0 quel point il est difficile de trouver un emploi dans le secteur de la sant\u00e9 au Canada, surtout si, par exemple, on est une infirmi\u00e8re dipl\u00f4m\u00e9e dans son pays d&rsquo;origine, on vient ici et on regarde les exigences auxquelles on doit faire face. Vous examinez les exigences pr\u00e9sent\u00e9es par les organismes d&rsquo;accr\u00e9ditation. Vous vous contentez alors de vous dire que vous allez travailler dans le secteur des soins de longue dur\u00e9e parce que c&rsquo;est assez proche de ce que vous faisiez dans votre pays d&rsquo;origine, n&rsquo;est-ce pas ? Il y a donc aussi des raisons structurelles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Tous ces facteurs ont pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour que les personnes originaires des Philippines &#8211; les femmes philippines en particulier &#8211; se retrouvent en premi\u00e8re ligne pendant le COVID. Ethel a travaill\u00e9 sur un projet de recherche concernant les exp\u00e9riences des infirmi\u00e8res philippines, des aides familiales et des auxiliaires de vie pendant la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Pendant<strong> <\/strong>COVID, l&rsquo;une des principales conclusions de notre projet est que le travail de soins est tr\u00e8s stressant, en particulier le travail d&rsquo;aide \u00e0 la personne. C&rsquo;\u00e9tait pendant COVID, bien s\u00fbr. La fourniture d&rsquo;EPI ou le fait de s&rsquo;assurer qu&rsquo;il y a suffisamment de personnes en poste au cours d&rsquo;une journ\u00e9e de travail donn\u00e9e. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surprise de constater que certains lieux de travail \u00e9taient r\u00e9ticents \u00e0 fournir des choses que je pensais \u00eatre donn\u00e9es sans poser de questions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Dolie se souvient de la tension qui r\u00e9gnait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Il y a beaucoup de t\u00e2ches, soit des t\u00e2ches et des services suppl\u00e9mentaires qui s&rsquo;ajoutent \u00e0 votre travail, mais vous ne pouvez pas dire non parce que c&rsquo;est pour votre s\u00e9curit\u00e9 et celle de tout le monde. Vous devez donc effectuer un pr\u00e9l\u00e8vement pour vous assurer que vous n&rsquo;avez pas de COVID avant d&rsquo;aller travailler. Et vous devez porter votre EPI pour 7,5h pendant votre journ\u00e9e, n&rsquo;est-ce pas ? Et aussi pour les \u00e9motions du r\u00e9sident qui ne peut pas communiquer personnellement et avec sa famille. Vous devez donc doubler votre travail, doubler vos \u00e9motions, doubler vos efforts pendant la pand\u00e9mie et pendant ce temps, j&rsquo;ai aussi mes enfants en bas \u00e2ge que je dois prot\u00e9ger. C&rsquo;est tellement difficile parce qu&rsquo;on se demande s&rsquo;il faut que je retourne travailler pour gagner de l&rsquo;argent. Ou dois-je arr\u00eater de travailler parce que je dois m&rsquo;occuper de moi et de mes jeunes enfants ? Je me dis que si j&rsquo;ai COVID \u00e0 ce moment-l\u00e0 et que je meurs, qui va s&rsquo;occuper de mes petits enfants ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Je pense que ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 COVID est une version amplifi\u00e9e de ce \u00e0 quoi les travailleurs du secteur des soins sont confront\u00e9s tous les jours. C&rsquo;est exceptionnel, mais \u00e7a ne l&rsquo;est pas. Certaines des histoires que nous avons entendues impliquaient que les travailleurs sociaux savaient que le parent d&rsquo;une personne \u00e9tait en train de mourir, mais qu&rsquo;en raison des dispositions de verrouillage, les membres de la famille ne pouvaient pas entrer. Ils prenaient alors la responsabilit\u00e9 de connecter les enfants et de leur faire un FaceTime avec leurs parents. On entend aussi des histoires d&rsquo;aides-soignants qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;apporter un soutien \u00e9motionnel aux personnes \u00e2g\u00e9es vivant dans des maisons de soins de longue dur\u00e9e et qui reconnaissent la solitude \u00e0 laquelle elles sont confront\u00e9es tout en essayant de leur apporter compagnie et r\u00e9confort, n&rsquo;est-ce pas ? Certains travailleurs sociaux, en raison des dispositions relatives \u00e0 l&rsquo;isolement, ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s par les maisons de soins \u00e0 vivre dans ces derni\u00e8res. N&rsquo;est-ce pas ? Pour \u00e9viter la propagation du COVID. Ils ont donc cr\u00e9\u00e9 des lits superpos\u00e9s au fond de la maison et on leur demandait de dormir l\u00e0. Comment pouvez-vous commencer \u00e0 vous remettre \u00e9motionnellement de cela ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Un jour, je me suis assise et j&rsquo;ai pleur\u00e9. J&rsquo;ai dit que je n&rsquo;aimais plus retourner au travail. Je sais que c&rsquo;est ma profession. C&rsquo;est ce que je veux. C&rsquo;est ainsi que je peux aider ma famille financi\u00e8rement. Mais chaque jour, votre vie est en danger. Chaque jour, vous n&rsquo;arr\u00eatez pas d&rsquo;y penser. Je ne sais pas si j&rsquo;en suis capable. Cela en vaut-il la peine ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Une enqu\u00eate men\u00e9e en 2021 par Statistique Canada a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 83 % des travailleurs de soutien personnel et des aides-soignants ont ressenti un stress accru pendant la pand\u00e9mie. Ce chiffre \u00e9tait encore plus \u00e9lev\u00e9 chez les infirmi\u00e8res. Entre 2019 et 2021, les postes vacants ont augment\u00e9 de plus de 115 % dans les \u00e9tablissements de soins infirmiers et r\u00e9sidentiels.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Je pense que beaucoup de mes interlocuteurs sont encore en train de gu\u00e9rir du traumatisme d&rsquo;avoir fait partie d&rsquo;une main-d&rsquo;\u0153uvre o\u00f9, d&rsquo;une part, au d\u00e9but de la pand\u00e9mie, nous \u00e9tions tous en train de taper dans des casseroles. Vous en souvenez-vous ? Nous \u00e9tions comme&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Oui, je m&rsquo;en souviens !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel<\/strong><strong> Tungohan <\/strong>Et nous voulions nous faire entendre, nous disions : \u00ab\u00a0Bravo les travailleurs de la sant\u00e9. Merci beaucoup !\u00a0\u00bb C&rsquo;est \u00e7a ? Il y a donc ces discours d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, d&rsquo;une part, qu&rsquo;ils ont observ\u00e9s, mais d&rsquo;autre part, ce sentiment omnipr\u00e9sent d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9s par les d\u00e9cideurs politiques, en particulier lorsque le nombre de d\u00e9c\u00e8s a commenc\u00e9 \u00e0 augmenter. Je veux dire que la pand\u00e9mie s&rsquo;est \u00e9tendue sur plusieurs ann\u00e9es et a connu plusieurs vagues. Une fois que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 frapper les pots, peut-\u00eatre un an plus tard, vous avez commenc\u00e9 \u00e0 entendre des rapports, dont certains ont \u00e9t\u00e9 corrobor\u00e9s par notre recherche, selon lesquels les travailleurs sociaux ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 la stigmatisation sociale, n&rsquo;est-ce pas ? J&rsquo;ai parl\u00e9 \u00e0 des aides-soignants, \u00e0 des auxiliaires de vie qui finissaient leur service, rentraient chez eux et se faisaient regarder de travers par les gens. Et dans certains cas, ils subissaient des violences physiques, n&rsquo;est-ce pas ? Et je ne comprends pas cela. Ces contradictions sont vraiment difficiles \u00e0 comprendre. Et je pense que pour certains travailleurs sociaux, le stress post-traumatique est toujours pr\u00e9sent \u00e0 cause de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de la pand\u00e9mie, la police de Vancouver a vu les crimes haineux anti-asiatiques augmenter de plus de 700 %. Un rapport de la section torontoise du <em>Chinese Canadian National Council<\/em> attribue cette hausse au fait que la pand\u00e9mie a rapidement \u00e9t\u00e9 racialis\u00e9e, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain de l&rsquo;\u00e9poque, Donald Trump, ayant qualifi\u00e9 le COVID-19 de \u00ab\u00a0virus chinois\u00a0\u00bb, et certains m\u00e9dias lui ayant embo\u00eet\u00e9 le pas. Les statistiques officielles sur les crimes de haine ont depuis diminu\u00e9, bien que les cas soient toujours signal\u00e9s \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;en 2019, et les enqu\u00eates sugg\u00e8rent que les personnes continuent d&rsquo;\u00eatre cibl\u00e9es \u00e0 des taux \u00e9lev\u00e9s. Valerie Damasco, professeure de sociologie, s&rsquo;inqui\u00e8te des cons\u00e9quences sur la sant\u00e9 mentale des infirmi\u00e8res racialis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>Il s&rsquo;agit d&rsquo;infirmi\u00e8res qui ne peuvent pas se permettre de quitter leur emploi ou de changer de secteur d&rsquo;activit\u00e9 parce qu&rsquo;elles ont des probl\u00e8mes d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;emploi, n&rsquo;est-ce pas ? Si vous \u00eates une personne racialis\u00e9e, il y a de fortes chances que la recherche d&rsquo;un autre emploi soit tr\u00e8s difficile. Et bien s\u00fbr, il s&rsquo;agit parfois d&rsquo;infirmi\u00e8res qui subviennent aux besoins de toute leur famille. Je ne suis pas s\u00fbre qu&rsquo;elles soient le seul soutien de famille, mais c&rsquo;est parfois le cas, en plus de devoir subvenir aux besoins de leur famille aux Philippines. Il n&rsquo;y a donc pas d&rsquo;issue. En d&rsquo;autres termes, si vous \u00eates confront\u00e9 \u00e0 des probl\u00e8mes d&rsquo;\u00e9puisement professionnel, il y a de fortes chances que vous deviez quand m\u00eame \u00eatre l\u00e0. Ce sont des gens qui n&rsquo;ont pas facilement acc\u00e8s aux services de sant\u00e9 mentale, parce que ces services sont g\u00e9r\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente dans notre communaut\u00e9. Elles sont davantage ax\u00e9es sur la communaut\u00e9. Et donc, en particulier lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de discuter de la r\u00e9tention et d&rsquo;essayer de soutenir ceux qui sont victimes d&rsquo;\u00e9puisement professionnel en premi\u00e8re ligne, comment y r\u00e9fl\u00e9chir en s&rsquo;assurant que leurs comp\u00e9tences et leurs qualifications entrent \u00e9galement en ligne de compte, car s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9puisent en premi\u00e8re ligne, pourquoi ne leur donnons-nous pas la possibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des postes d&rsquo;infirmi\u00e8res enseignantes, \u00e0 des postes d&rsquo;infirmi\u00e8res dirigeantes o\u00f9 elles sont plus que qualifi\u00e9es pour le faire, comme c&rsquo;\u00e9tait le cas dans le pass\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>L&rsquo;une des choses qui est apparue clairement \u00e0 Ethel au cours de la pand\u00e9mie est l&rsquo;absence de normes pour prot\u00e9ger les travailleurs dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;industrie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>J&rsquo;ai eu une \u00e9tudiante fantastique, Leah Nicholson, qui a travaill\u00e9 avec moi et a essay\u00e9 de suivre les politiques de toutes les provinces en faveur des travailleurs du secteur des soins pendant COVID, n&rsquo;est-ce pas ? Elle a donc examin\u00e9 les codes du travail. Elle a examin\u00e9 les politiques de sant\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 au travail. Elle s&rsquo;est pench\u00e9e sur les indemnit\u00e9s d&rsquo;urgence accord\u00e9es aux travailleurs en soins directs. Ce que nous avons constat\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a tout simplement pas de consensus \u00e0 travers le Canada en ce qui concerne les types de droits que les travailleurs du secteur des soins re\u00e7oivent. Cela m&rsquo;a \u00e9galement surpris. Je pensais qu&rsquo;en cas de COVID, d&rsquo;urgence sanitaire ou de pand\u00e9mie, il y aurait un d\u00e9sir universel de s&rsquo;assurer que les travailleurs sociaux, que nous appelons tous des h\u00e9ros, soient prot\u00e9g\u00e9s dans leur travail. Et je pense que m\u00eame l&rsquo;octroi de cong\u00e9s de maladie pay\u00e9s, n&rsquo;est-ce pas ? Ce n&rsquo;est pas quelque chose que tous les travailleurs du secteur des soins ont. Et je pense que c&rsquo;est l&rsquo;une des sources de d\u00e9tresse les plus courantes exprim\u00e9es par les soignants que nous avons entrevus pendant la pand\u00e9mie. Alors, vous savez, des politiques comme : pourquoi n&rsquo;y a-t-il pas de cong\u00e9 de maladie universel pay\u00e9 dans tout le pays ? C&rsquo;est de cela qu&rsquo;il faut parler. Nous devons donc \u00e9galement nous pencher sur les politiques, et pas seulement sur les circonstances individuelles et sur le lieu de travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Nous savons que le Programme d&rsquo;exp\u00e9rience de travail des aides familiaux, dans le cadre duquel il fallait 24 mois pour pouvoir demander la r\u00e9sidence permanente au titre des programmes pilotes de garde d&rsquo;enfants \u00e0 domicile et d&rsquo;aide \u00e0 domicile, va expirer et \u00eatre remplac\u00e9 par quelque chose dans un avenir proche. \u00c0 quoi esp\u00e9rez-vous que cela ressemble, compte tenu de ce que nous avons appris au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ethel Tungohan <\/strong>Toutes les mesures propos\u00e9es par le gouvernement en ce qui concerne les programmes pour les travailleurs de la sant\u00e9 doivent \u00e9galement tenir compte des demandes des travailleurs de la sant\u00e9. L&rsquo;une des choses les plus frustrantes apr\u00e8s 2013, depuis l&rsquo;abolition du Programme des aides familiaux r\u00e9sidants, c&rsquo;est que le Canada a commenc\u00e9 \u00e0 mettre en place toute une s\u00e9rie de programmes pilotes qui expirent tous les quatre ans, n&rsquo;est-ce pas ? Les aides familiaux ont donc l&rsquo;impression que leur vie est en suspens. Qui sait ce que les politiques de demain apporteront, n&rsquo;est-ce pas ? Je pense que c&rsquo;est une \u00e9norme source de frustration, d&rsquo;autant plus que les revendications des travailleurs du secteur des soins sont rest\u00e9es constantes au fil des ans. C&rsquo;est vrai ? L&rsquo;une des revendications des aides-soignants est d&rsquo;obtenir le statut de r\u00e9sident permanent \u00e0 leur arriv\u00e9e. Les aides-soignants fournissent un travail pr\u00e9cieux \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. Nous en avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins, en particulier au sein de COVID. Alors pourquoi demandons-nous aux gens de passer par cette p\u00e9riode temporaire o\u00f9 ils n&rsquo;ont pas de statut, o\u00f9 ils ne savent pas s&rsquo;ils obtiendront un statut, alors que nous savons pertinemment que le Canada a besoin de travailleurs sociaux. Par ailleurs, en ce qui concerne les changements potentiels apport\u00e9s au programme des aides-soignants, une chose qui est apparue tr\u00e8s clairement est que certaines de ces politiques, en particulier en ce qui concerne le respect des exigences linguistiques, constituent un \u00e9norme obstacle pour les aides-soignants. Les aides-soignants travaillent d\u00e9j\u00e0 au Canada. Alors pourquoi imposer des tests linguistiques ? Cela me semble \u00e9galement \u00e9trange. Je pense donc que, pour aller de l&rsquo;avant, c&rsquo;est quelque chose que les aides-soignants ont demand\u00e9. C&rsquo;est quelque chose dont ils m&rsquo;ont parl\u00e9. Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement supprimer les politiques con\u00e7ues pour cr\u00e9er davantage d&rsquo;obstacles qui emp\u00eachent les travailleurs du secteur des soins d&rsquo;obtenir la r\u00e9sidence permanente ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Depuis la pand\u00e9mie, le secteur de la sant\u00e9 conna\u00eet d&rsquo;importantes p\u00e9nuries de personnel. Au cours du premier trimestre de cette ann\u00e9e, plus de 28 000 postes d&rsquo;infirmi\u00e8res et d&rsquo;infirmiers psychiatriques autoris\u00e9s \u00e9taient vacants dans tout le pays, soit une augmentation de pr\u00e8s d&rsquo;un quart par rapport au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 2022. Les provinces du pays s&rsquo;efforcent de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me. En Ontario, par exemple, le responsable des finances publiques a publi\u00e9 un rapport indiquant que la province est en route pour manquer de 33 000 infirmi\u00e8res et aides-soignants d&rsquo;ici \u00e0 2027-28.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Valerie Damasco <\/strong>L&rsquo;un des probl\u00e8mes n&rsquo;est pas seulement celui de l&rsquo;accr\u00e9ditation et de la non-reconnaissance des dipl\u00f4mes \u00e9trangers, mais aussi celui de la non-reconnaissance des comp\u00e9tences et de la formation de ces personnes. Mais nous avons aussi le probl\u00e8me de ne pas vouloir reconna\u00eetre le type de comp\u00e9tences et de formation que ces personnes apportent dans le pays et, par cons\u00e9quent, de ne pas leur permettre de changer de r\u00f4le au sein de la profession pour laquelle beaucoup d&rsquo;entre elles ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9es. Je pense qu&rsquo;un autre grand probl\u00e8me aujourd&rsquo;hui est que nous admettons un grand nombre de travailleurs de la sant\u00e9 des Philippines qui ont toute cette formation, mais nous ne voulons leur offrir que des opportunit\u00e9s inf\u00e9rieures \u00e0 ce qu&rsquo;ils sont qualifi\u00e9s pour faire. Je pense qu&rsquo;il est tr\u00e8s important de se pencher sur la question de l&rsquo;\u00e9puisement professionnel, car des erreurs peuvent parfois se produire dans les \u00e9tablissements de sant\u00e9, n&rsquo;est-ce pas ? Si la charge de travail est trop \u00e9lev\u00e9e. Les ratios infirmi\u00e8res\/patients sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s. Et je ne pense pas que ce soit la meilleure solution pour les infirmi\u00e8res et les patients dont elles s&rsquo;occupent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Dolie souhaite \u00e9galement que des changements soient apport\u00e9s au syst\u00e8me. Elle participe \u00e0 une campagne intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les soins ne peuvent pas attendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Par exemple<strong>, <\/strong>nous demandons au gouvernement de r\u00e9gulariser, parce que je travaille dans un \u00e9tablissement priv\u00e9. Les \u00e9tablissements priv\u00e9s sont diff\u00e9rents des \u00e9tablissements publics ou gouvernementaux. Ils ont de bons avantages par rapport \u00e0 nous au priv\u00e9. Les salaires, les cong\u00e9s, les indemnit\u00e9s de week-end sont diff\u00e9rents, compar\u00e9s \u00e0 ceux du priv\u00e9. Je veux que le gouvernement regarde les travailleurs de la sant\u00e9 qui travaillent dans le secteur priv\u00e9 et qu&rsquo;il accorde plus d&rsquo;attention \u00e0 la r\u00e9gularisation de nos conditions de vie, de nos salaires, de nos avantages sociaux et de tous les autres avantages dont b\u00e9n\u00e9ficie le secteur public. Nous esp\u00e9rons donc que le gouvernement s&rsquo;occupera de nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Elle craint que si de tels changements ne sont pas apport\u00e9s, personne ne voudra travailler dans ces domaines. Et de nombreux Canadiens, en particulier ceux qui sont vuln\u00e9rables, se retrouveront sans les soins dont ils ont besoin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dolie Ann Bulalakaw <\/strong>Esp\u00e9rons que le gouvernement s&rsquo;occupera de nous parce que s&rsquo;il n&rsquo;est pas capable de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, peut-\u00eatre qu&rsquo;un jour il n&rsquo;y aura plus de soins de sant\u00e9. Dans dix ans, personne ne s&rsquo;occupera de nous, de cette g\u00e9n\u00e9ration, n&rsquo;est-ce pas ? Parce que personne n&rsquo;acceptera plus ce travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Comme beaucoup de personnes travaillant dans le secteur de la sant\u00e9, j&rsquo;ai commenc\u00e9 par suivre cette voie en raison d&rsquo;un profond d\u00e9sir d&rsquo;aider les gens. Le syst\u00e8me de sant\u00e9 m&rsquo;a fait une proposition de valeur : en \u00e9change de mon temps et de mes efforts, je serais r\u00e9compens\u00e9e par cette opportunit\u00e9. Mais travailler dans le secteur de la sant\u00e9 comporte des co\u00fbts cach\u00e9s dont je n&rsquo;ai pris conscience que plus tard. Des co\u00fbts qui se traduisent par la perte de relations, l&rsquo;instabilit\u00e9 financi\u00e8re, de lourdes contraintes physiques et une charge \u00e9motionnelle permanente sur ma sant\u00e9 mentale. Les aides-soignantes comme Dolie, et les nombreux professionnels de la sant\u00e9 qualifi\u00e9s qui viennent au Canada chaque ann\u00e9e, se voient encore offrir cette m\u00eame proposition de valeur, avec ses co\u00fbts cach\u00e9s. De plus en plus, les gens se rendent compte que l&rsquo;\u00e9change de valeur n&rsquo;en vaut peut-\u00eatre plus la peine. Depuis des d\u00e9cennies, le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien est obs\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e de tirer le meilleur parti des ressources que nous lui consacrons. Au d\u00e9but de cette obsession, nous avons r\u00e9alis\u00e9 des \u00e9conomies en \u00e9liminant la redondance et en am\u00e9liorant l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9. Mais c&rsquo;est un truisme de dire qu&rsquo;on ne peut pas r\u00e9duire un syst\u00e8me \u00e0 la viabilit\u00e9. Il y a un point o\u00f9 il n&rsquo;y a plus d&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e0 donner. Au-del\u00e0 de ce point, l&rsquo;efficacit\u00e9 ne peut \u00eatre trouv\u00e9e qu&rsquo;en l&rsquo;extrayant de la vie des travailleurs de la sant\u00e9 et des patients qui re\u00e7oivent des soins &#8211; en leur demandant \u00e0 tous deux de faire plus avec moins. Si l&rsquo;on retire suffisamment de ressources, les personnes, les programmes et les services de sant\u00e9 s&rsquo;effondrent. Si l&rsquo;on demande trop aux gens, ils chercheront d&rsquo;autres endroits o\u00f9 travailler, m\u00eame s&rsquo;ils sont profond\u00e9ment d\u00e9sireux d&rsquo;aider les gens. Un jour, un mentor, un chirurgien de renomm\u00e9e internationale qui a consacr\u00e9 la majeure partie de sa vie \u00e0 la pratique de la m\u00e9decine, m&rsquo;a dit de ne pas r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;erreur de me sacrifier sur l&rsquo;autel de la m\u00e9decine. La question que nous devrions peut-\u00eatre nous poser aujourd&rsquo;hui est de savoir comment r\u00e9\u00e9quilibrer cet \u00e9change de valeurs pour que ce sacrifice en vaille la peine.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Front and Centre: Filipino Healthcare Workers and COVID Description Les migrantes et migrants philippins repr\u00e9sentent une part importante de la main-d&rsquo;\u0153uvre du secteur de la sant\u00e9 au Canada, en tant qu&rsquo;infirmi\u00e8res et aides-soignants. Ils ont \u00e9galement l&rsquo;un des revenus d&#8217;emploi moyens les plus faibles parmi les groupes d\u00e9sign\u00e9s comme minorit\u00e9s visibles. 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