{"id":8420,"date":"2023-12-20T14:49:13","date_gmt":"2023-12-20T19:49:13","guid":{"rendered":"https:\/\/crrf-fcrr.ca\/?page_id=8420"},"modified":"2023-12-20T14:48:45","modified_gmt":"2023-12-20T19:48:45","slug":"the-healthcare-divide-6e-episode","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/crrf-fcrr.ca\/fr\/the-healthcare-divide-6e-episode\/","title":{"rendered":"The Healthcare Divide &#8211; 6e \u00e9pisode"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\"><h1 class=\"wp-block-post-title\">The Healthcare Divide &#8211; 6e \u00e9pisode<\/h1>\n\n\n<p><em>Two Worlds of Medicine<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"http:\/\/pod.link\/1715546912\">\u00c9couter sur une autre plateforme<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<iframe loading=\"lazy\" height=\"200px\" width=\"100%\" frameborder=\"no\" scrolling=\"no\" seamless src=\"https:\/\/player.simplecast.com\/5f39f7ab-1bcb-4779-990c-7b484d15dcf2?dark=false\"><\/iframe>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Description<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Comment concilier deux philosophies de la m\u00e9decine : autochtone et occidentale ? Et est-ce m\u00eame la bonne question \u00e0 poser ? Nous nous entretenons avec deux m\u00e9decins qui r\u00e9organisent le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien pour qu&rsquo;il fonctionne mieux pour les patients autochtones. Ils nous parlent de leurs succ\u00e8s durement acquis et des d\u00e9fis qu&rsquo;ils ont d\u00fb relever en cours de route.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Invit\u00e9s<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Dr Dani\u00e8le Behn Smith, Responsable provincial adjointe pour la sant\u00e9 Autochtone en Colombie-Britannique<\/p>\n\n\n\n<p>Dr Barry Lavallee, PDG de Keewatinohk Inniniw Minoayawin<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns pattern-two-column is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__title is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Transcription<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column pattern-two-column__content is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p><strong>The Healthcare Divide<\/strong>, traduction de la transcription<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6e \u00e9pisode &#8211; <strong><em>Two Worlds of Medicine<\/em><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>L&rsquo;un de nos dirigeants parlait de son beau-fr\u00e8re ou de son fr\u00e8re qui souffrait d&rsquo;une l\u00e9sion du syst\u00e8me nerveux central qui l&#8217;emp\u00eachait d&rsquo;avaler. Il a donc vu son fr\u00e8re mourir de faim parce qu&rsquo;un m\u00e9decin avait refus\u00e9 de lui installer une sonde d&rsquo;alimentation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien devrait offrir un acc\u00e8s \u00e9gal \u00e0 tous. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syst\u00e8me de nantis et de d\u00e9munis. Je m&rsquo;adresse aux personnes qui ont v\u00e9cu ces in\u00e9galit\u00e9s de premi\u00e8re main et \u00e0 celles qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;apporter des changements.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith Cela <\/strong>fait maintenant huit ans que je suis l\u00e0, et je me suis rendu compte qu&rsquo;il n&rsquo;est pas si facile de changer un syst\u00e8me de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Depuis des ann\u00e9es, des m\u00e9decins et des militants au Canada et dans de nombreux pays du monde tentent de rendre les soins de sant\u00e9 plus accessibles et plus efficaces pour les populations autochtones. Pour certains, cela implique de repenser la d\u00e9finition des soins de sant\u00e9. Dans cet \u00e9pisode, nous nous entretiendrons avec deux personnes qui comblent le foss\u00e9 entre les approches autochtones et non autochtones de la m\u00e9decine. Nous entendrons parler des luttes et des succ\u00e8s durement remport\u00e9s tout au long du chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis le Dr Alika Lafontaine, anesth\u00e9siste et premier m\u00e9decin autochtone \u00e0 avoir dirig\u00e9 l&rsquo;Association m\u00e9dicale canadienne. De la Fondation canadienne des relations raciales&#8230; voici <em>The Healthcare Divide<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La Dre Dani\u00e8le Behn Smith est fi\u00e8re de son h\u00e9ritage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Je suis Eh-Cho Dene de la Premi\u00e8re nation de Fort Nelson du c\u00f4t\u00e9 de mon p\u00e8re. Du c\u00f4t\u00e9 de ma m\u00e8re, je suis Michif et je viens de la vall\u00e9e de la rivi\u00e8re Rouge. J&rsquo;ai grandi \u00e0 Winnipeg. Je vis \u00e0 Lekwungen Tung&rsquo;exw, sur les territoires de Lekwungen \u00e0 Victoria. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;appelle des territoires de Saanich, de la Premi\u00e8re nation Tsawout, et je suis tr\u00e8s reconnaissante d&rsquo;appeler de ces magnifiques territoires ce matin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Mais en grandissant, elle n&rsquo;\u00e9tait pas connect\u00e9e \u00e0 sa culture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>J&rsquo;ai grandi dans les ann\u00e9es 80, et \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, on parlait plus volontiers d'\u00a0\u00bbIndiens\u00a0\u00bb. Ainsi, lorsque les gens m&rsquo;interrogeaient sur mes origines, je r\u00e9pondais souvent que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 moiti\u00e9 indienne. Et c&rsquo;\u00e9tait en quelque sorte l&rsquo;\u00e9tendue de mon auto-r\u00e9flexion. Et \u00e0 cause du racisme intense qui existe encore au Manitoba, mais qui existait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 ma grand-m\u00e8re et ma m\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9es dans leur enfance, il y a eu beaucoup d&rsquo;efforts pour passer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Dans les ann\u00e9es 80, \u00e9viter le racisme signifiait abandonner une partie de son identit\u00e9. Mais avant m\u00eame de renouer ce lien, elle a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e par la fa\u00e7on dont les populations autochtones \u00e9taient trait\u00e9es dans le syst\u00e8me de sant\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait bien avant 2020, lorsque la nation a vu Joyce Echaquan mourir dans un h\u00f4pital qu\u00e9b\u00e9cois apr\u00e8s avoir enregistr\u00e9 une vid\u00e9o en direct sur Facebook qui la montrait insult\u00e9e, ignor\u00e9e et hurlant de douleur. Le coroner a qualifi\u00e9 l&rsquo;incident, je cite, de \u00ab\u00a0cas ind\u00e9niable de racisme\u00a0\u00bb, appelant le gouvernement du Qu\u00e9bec \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 \u00e9liminer le racisme syst\u00e9mique dans le syst\u00e8me de sant\u00e9. Ce n&rsquo;est pas nouveau : les communaut\u00e9s autochtones du Qu\u00e9bec et d&rsquo;ailleurs connaissent depuis longtemps les erreurs de diagnostic fond\u00e9es sur des pr\u00e9suppos\u00e9s racistes. Dani\u00e8le a \u00e9galement constat\u00e9 que l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 des populations autochtones \u00e9tait bien pire, avec notamment des taux plus \u00e9lev\u00e9s de diab\u00e8te, d&rsquo;hypertension, de toxicomanie, de probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale et une esp\u00e9rance de vie plus faible. Elle a donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier la m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Pour<strong> <\/strong>\u00eatre honn\u00eate, je pensais na\u00efvement, \u00e0 la fin de l&rsquo;adolescence et au d\u00e9but de la vingtaine, que je pourrais contribuer \u00e0 redresser la situation et \u00e0 soutenir et am\u00e9liorer la sant\u00e9 des Autochtones en devenant m\u00e9decin. Je dis \u00ab\u00a0na\u00efvement\u00a0\u00bb, car au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, je me suis vraiment immerg\u00e9e et j&rsquo;ai essay\u00e9 de mieux comprendre les causes profondes des disparit\u00e9s que nous sommes si nombreux \u00e0 voir en surface et qui nous paraissent si \u00e9videntes. Aujourd&rsquo;hui, 20 ans plus tard, je constate que le fait d&rsquo;aller dans les communaut\u00e9s avec notre trousse \u00e0 outils de m\u00e9decin de famille, dans mon cas, ne nous permet pas de nous attaquer aux causes profondes des probl\u00e8mes de sant\u00e9 et de maladie et des disparit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Y a-t-il eu un moment o\u00f9 vous vous \u00eates rendu compte que vos attentes quant \u00e0 ce que vous alliez apprendre n&rsquo;allaient peut-\u00eatre pas mener \u00e0 l&rsquo;impact positif que vous vouliez avoir pour votre communaut\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Oh, oui. Tout \u00e0 fait ! Non, je peux le situer \u00e0 un moment tr\u00e8s pr\u00e9cis. J&rsquo;effectuais une suppl\u00e9ance dans une communaut\u00e9 isol\u00e9e. Et c&rsquo;\u00e9tait une suppl\u00e9ance particuli\u00e8rement difficile pour de nombreuses raisons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Un<strong> <\/strong>m\u00e9decin suppl\u00e9ant est un m\u00e9decin qui se rend temporairement dans une communaut\u00e9, comme un enseignant suppl\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Je me souviens d&rsquo;avoir quitt\u00e9 cet endroit en sanglotant. J&rsquo;ai pri\u00e9 le cr\u00e9ateur au milieu de mes sanglots, et je ne prie plus comme \u00e7a aujourd&rsquo;hui parce que j&rsquo;ai appris de meilleurs moyens, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;\u00e9tais tellement autoritaire. Alika, j&rsquo;\u00e9tais comme un nouveau m\u00e9decin de famille, alors je savais ce qu&rsquo;il fallait faire. J&rsquo;ai donc dit au cr\u00e9ateur : \u00ab\u00a0C&rsquo;est fini, j&rsquo;arr\u00eate. Je ne peux pas faire \u00e7a un jour de plus. J&rsquo;avais, bien s\u00fbr, pr\u00e8s de 100 000 dollars de dettes li\u00e9es \u00e0 mes \u00e9tudes de m\u00e9decine. Et je m&rsquo;en moquais. Je me suis dit que je ferais n&rsquo;importe quoi, mais que je ne pouvais pas faire de la m\u00e9decine un jour de plus, pas de cette mani\u00e8re. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&rsquo;ai pleur\u00e9 pour m&rsquo;endormir. Je me suis r\u00e9veill\u00e9e le lendemain matin et c&rsquo;est alors que j&rsquo;ai re\u00e7u un courriel d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de production t\u00e9l\u00e9visuelle australienne qui recherchait une femme m\u00e9decin autochtone canadienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Les producteurs de l&rsquo;\u00e9mission cr\u00e9ent une s\u00e9rie documentaire sur les m\u00e9decines traditionnelles dans le monde. Ils ont besoin d&rsquo;un animateur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Ma premi\u00e8re r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 de me dire : \u00ab\u00a0Oh, cr\u00e9ateur, tu ne m&rsquo;as pas entendue. Je ne peux pas faire de m\u00e9decine. Et c&rsquo;est toujours li\u00e9 \u00e0 la m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Mais elle a accept\u00e9 le poste. Et cela a fini par changer son point de vue et, ironiquement, par la maintenir dans la m\u00e9decine. En animant cette \u00e9mission et en parlant \u00e0 des gens du monde entier, Dani\u00e8le a commenc\u00e9 \u00e0 voir plus loin que ce qu&rsquo;on lui avait enseign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine. Il existe d&rsquo;autres fa\u00e7ons d&rsquo;envisager la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Je me souviens que Lewis Mehl-Madrona \u00e9tait l&rsquo;une des personnes que nous avons rencontr\u00e9es et il \u00e9tait vraiment, eh bien, vous savez, beaucoup de nos a\u00een\u00e9s et de nos gardiens du savoir sont dr\u00f4les et ils aiment vraiment taquiner et, vous savez, c&rsquo;est l&rsquo;une des fa\u00e7ons dont nous nous connectons. Je pense qu&rsquo;il a juste dit, sans d\u00e9tour, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de place dans la m\u00e9decine pour nos enseignements et nos fa\u00e7ons de faire. Il n&rsquo;y a tout simplement pas de place. Et il a pu voir que j&rsquo;\u00e9tais abattu. Je me disais que c&rsquo;\u00e9tait une dure r\u00e9alit\u00e9. Et puis il a eu cette petite lueur dans les yeux. Il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il y avait tellement de place pour la biom\u00e9decine et la m\u00e9decine occidentale dans notre fa\u00e7on de faire. Je me suis dit : \u00ab\u00a0Oui, c&rsquo;est vrai. Il s&rsquo;agit juste d&rsquo;un l\u00e9ger changement dans notre fa\u00e7on d&rsquo;aborder les choses. Et tout d&rsquo;un coup, vous savez, nous pouvons d\u00e9placer des montagnes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Je voudrais m&rsquo;arr\u00eater un instant. Je suis toujours frapp\u00e9e par le fait que, lorsque nous parlons de m\u00e9decine traditionnelle ou de connaissances des peuples autochtones, nous oublions que, lorsque les colons sont arriv\u00e9s au Canada, ils avaient souvent une conception tr\u00e8s primitive de la sant\u00e9. Beaucoup pensaient qu&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre des quatre humeurs &#8211; le sang, la bile jaune, la bile noire et le flegme &#8211; \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine des maladies physiques et mentales. Les traitements populaires incluaient la saign\u00e9e, une pratique qui a perdur\u00e9 jusqu&rsquo;au 19e si\u00e8cle. Lorsque nous parlons de l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine, nous utilisons un mod\u00e8le mental r\u00e9visionniste. Nous prenons ce que nous voyons dans la m\u00e9decine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et nous le projetons dans le pass\u00e9. Mais si l&rsquo;on compare ce qui \u00e9tait populaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, il est difficile d&rsquo;\u00e9viter la conclusion que l&rsquo;approche autochtone de la maladie et de la sant\u00e9 \u00e9tait beaucoup plus avanc\u00e9e que celle des colons dans les ann\u00e9es 1600. Une approche holistique du corps et de l&rsquo;esprit, plut\u00f4t que de traiter le corps comme une machine. Le savoir autochtone contient de nombreux m\u00e9dicaments naturels li\u00e9s \u00e0 des sympt\u00f4mes sp\u00e9cifiques : l&rsquo;\u00e9corce de saule contient de l&rsquo;aspirine, le th\u00e9 aux aiguilles de pin est utilis\u00e9 en cas de carence en vitamine C et l&rsquo;\u00e9chinac\u00e9e traite les infections. La hi\u00e9rarchie des besoins de Maslow s&rsquo;inspire des enseignements des Pieds-Noirs. Mon p\u00e8re m&rsquo;a racont\u00e9 qu&rsquo;il ramassait du senokot dans les champs pr\u00e8s de chez lui pour que le pharmacien le reconditionne comme traitement contre la constipation. L&rsquo;histoire a pass\u00e9 sous silence une grande partie de la contribution des pratiques et de la formation en m\u00e9decine traditionnelle autochtone \u00e0 la pratique m\u00e9dicale moderne. Mais les mentalit\u00e9s \u00e9voluent. En 2015, la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9conciliation a lanc\u00e9 plusieurs appels \u00e0 l&rsquo;action pour r\u00e9former les soins de sant\u00e9, notamment en mesurant et en comblant les \u00e9carts en mati\u00e8re de r\u00e9sultats de sant\u00e9, en am\u00e9liorant la formation des praticiens en mati\u00e8re de comp\u00e9tence et de s\u00e9curit\u00e9 culturelles et en reconnaissant la valeur des pratiques de gu\u00e9rison autochtones. M\u00eame l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 a r\u00e9cemment soulign\u00e9 la demande croissante de m\u00e9decine traditionnelle et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer ces pratiques dans les syst\u00e8mes de sant\u00e9 traditionnels. C&rsquo;est le type de travail que Dani\u00e8le voulait faire. Apr\u00e8s la s\u00e9rie de documentaires, elle est all\u00e9e travailler \u00e0 Dawson City, au Yukon, et a retrouv\u00e9 son amour de la m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith C&rsquo;<\/strong>\u00e9tait un endroit id\u00e9al pour travailler. Il se trouve sur le territoire des Tr&rsquo;ond\u00ebk Hw\u00ebch&rsquo;in. Il y a donc une grande communaut\u00e9 des Premi\u00e8res nations qui vient \u00e0 la clinique. Il y avait donc beaucoup d&rsquo;espaces pour essayer de comprendre comment nous pouvions combiner tous ces mondes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alika Lafontaine <\/strong>Elle a ensuite pris un poste d&rsquo;enseignante \u00e0 Edmonton, enthousiaste \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de partager ce qu&rsquo;elle avait appris avec des \u00e9tudiants autochtones et non autochtones. Mais tr\u00e8s vite, ce projet a d\u00e9raill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Pendant que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Alberta, je suis tomb\u00e9e tr\u00e8s malade, atteinte d&rsquo;une arthrite auto-immune.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Dani\u00e8le s&rsquo;est soudain retrouv\u00e9e dans le r\u00f4le d&rsquo;une patiente, une perspective inattendue qui l&rsquo;a oblig\u00e9e \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 toute sa formation et \u00e0 toutes ses exp\u00e9riences jusqu&rsquo;alors.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 en arr\u00eat de travail pendant environ six mois. J&rsquo;\u00e9tais vraiment incapable de travailler. Mes articulations \u00e9taient tellement enflamm\u00e9es que je ne pouvais plus marcher. Mon mari, qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque mon petit ami, devait me d\u00e9placer en fauteuil roulant. Je ne voyais pas de l&rsquo;\u0153il gauche \u00e0 cause de l&rsquo;inflammation de la corn\u00e9e. Cela a dur\u00e9 des mois et des mois et je ne savais pas si j&rsquo;allais gu\u00e9rir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Soudain, tout ce qu&rsquo;elle a appris devient personnel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>D&rsquo;accord, Dani\u00e8le, comment allez-vous int\u00e9grer toutes ces m\u00e9decines diff\u00e9rentes qui vous entourent, de la biom\u00e9decine \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle chinoise, en passant par le travail avec les gu\u00e9risseurs autochtones de ces r\u00e9gions, pour vous soigner ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Au milieu d&rsquo;une s\u00e9rie de traitements particuli\u00e8rement durs, Dani\u00e8le a fait une perc\u00e9e mentale surprenante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>L&rsquo;un des traitements que je suivais \u00e9tait le m\u00e9thotrexate. Je devais donc me faire des injections hebdomadaires. Si vous avez d\u00e9j\u00e0 pris ou prescrit du m\u00e9thotrexate, vous savez que l&rsquo;un des effets secondaires est la naus\u00e9e et le sentiment de ne pas \u00eatre bien du tout. Je pense que c&rsquo;est au cours de la deuxi\u00e8me ou de la troisi\u00e8me semaine que je me suis pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 me faire cette injection, que j&rsquo;ai tenu ce m\u00e9dicament dans ma main et que j&rsquo;\u00e9tais furieuse contre la biom\u00e9decine et contre ma formation occidentale, qui \u00e9tait pleine de racisme. Et cela m&rsquo;a frapp\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait presque comme si, vous savez, parfois les a\u00een\u00e9s vous donnaient un coup de pouce, comme si vous deviez vous r\u00e9veiller ! Je l&rsquo;ai tenu et j&rsquo;ai eu ce genre de choc. Je l&rsquo;ai regard\u00e9 et je me suis dit, oh mon Dieu, c&rsquo;est de la m\u00e9decine. C&rsquo;est la m\u00eame chose que si je cueillais de l&rsquo;achill\u00e9e ou un autre m\u00e9dicament. Il faut que j&rsquo;aie un c\u0153ur plein d&rsquo;humilit\u00e9, de gratitude et de respect. Et c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait. J&rsquo;ai tenu ce rem\u00e8de et je me suis excus\u00e9e, et cela me rend \u00e9mue d&rsquo;y penser, parce que j&rsquo;ai pu dire merci et&#8230; de cette fa\u00e7on, j&rsquo;ai apport\u00e9 les enseignements que j&rsquo;avais re\u00e7us, et j&rsquo;ai pu honorer les personnes qui avaient partag\u00e9 ces enseignements avec moi. Et \u00e0 partir de l\u00e0, je n&rsquo;ai plus eu de naus\u00e9es ni aucun de ces sentiments d\u00e9sagr\u00e9ables.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Aujourd&rsquo;hui, le Dr Dani\u00e8le Behn Smith occupe un nouveau r\u00f4le et tente de cr\u00e9er le syst\u00e8me qu&rsquo;elle souhaite. Elle est responsable provinciale adjointe de la sant\u00e9 autochtone en Colombie-Britannique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Je suis une personne assez na\u00efve parce que je pensais qu&rsquo;il suffisait de d\u00e9barquer au minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et de commencer \u00e0 parler aux responsables et au sous-ministre pour leur faire conna\u00eetre ce mod\u00e8le de m\u00e9decine fonctionnelle. Si nous investissons dans l&rsquo;alimentation en tant que m\u00e9decine et si nous donnons aux gens les moyens d&rsquo;agir, cela peut avoir des effets profond\u00e9ment transformateurs. Cela fait maintenant huit ans que je travaille dans ce domaine et je me suis rendu compte qu&rsquo;il n&rsquo;est pas si facile de changer un syst\u00e8me de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Qu&rsquo;est-ce que la m\u00e9decine traditionnelle offre de plus que la m\u00e9decine occidentale ? L&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 a r\u00e9cemment fait \u00e9tat d&rsquo;une demande croissante de m\u00e9decine traditionnelle et de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9grer dans les syst\u00e8mes de soins de sant\u00e9 traditionnels. D&rsquo;apr\u00e8s vous, qu&rsquo;est-ce qui motive cette demande ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dani\u00e8le Behn Smith <\/strong>Eh bien, elle apporte toutes les pi\u00e8ces manquantes, d&rsquo;une part. Et elle r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;approche r\u00e9ductionniste que nous pr\u00e9conisons dans la m\u00e9decine occidentale, qui cloisonne et r\u00e9duit les choses. Elle int\u00e8gre donc les aspects mentaux, \u00e9motionnels et spirituels de la sant\u00e9 et de la gu\u00e9rison. Je pense que les m\u00e9decines traditionnelles nous ancrent dans nos identit\u00e9s. Elle nous permet d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des espaces de gu\u00e9rison et \u00e0 des \u00e9nergies que nous ne pouvons pas obtenir par le biais de la m\u00e9decine occidentale et d&rsquo;une sorte de petite pilule, parce qu&rsquo;elle nous relie \u00e0 ce que nous sommes. Elle nous relie \u00e0 nos terres et \u00e0 nos eaux. Elle nous relie \u00e0 nos anc\u00eatres. La science occidentale essaie de rattraper son retard. Ainsi, certains domaines de la science occidentale documentent, par exemple, les effets positifs sur la sant\u00e9 des prescriptions des parcs ou des bains de for\u00eat, comme le fait d&rsquo;\u00eatre dans la nature. Ce sont des choses que nous connaissons dans nos familles et que nos m\u00e9decins nous disent. Ils peuvent s&rsquo;occuper de nous tous \u00e0 l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Le parcours de<strong> <\/strong>Dani\u00e8le repr\u00e9sente une approche permettant de jeter un pont entre deux mondes et d&rsquo;apporter des changements, une voix dans un ch\u0153ur de plus en plus nombreux de personnes \u00e0 travers le pays qui am\u00e9liorent les soins de sant\u00e9 pour les patients, les familles et les communaut\u00e9s autochtones. Une autre voix est celle du Dr Barry Lavallee &#8211; quelqu&rsquo;un qui a eu un impact profond sur ma fa\u00e7on de voir la sant\u00e9, les soins de sant\u00e9 et la fa\u00e7on dont les syst\u00e8mes de sant\u00e9 doivent changer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Il m&rsquo;a fallu beaucoup de temps, gr\u00e2ce \u00e0 mon leadership, pour changer ce pays et accepter le racisme sp\u00e9cifique aux Autochtones. J&rsquo;ai pass\u00e9 environ 25 ans \u00e0 essayer d&rsquo;influencer ces syst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alika Lafontaine <\/strong>Alors qu&rsquo;il<strong> <\/strong>\u00e9tait stagiaire au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, Barry \u00e9tait bien connu pour parler clairement et sans d\u00e9tour de la colonisation et du racisme anti-autochtone au Canada. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus remarquable que la colonisation et le racisme n&rsquo;\u00e9taient pas des sujets abord\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, si ce n&rsquo;est de mani\u00e8re tr\u00e8s prudente et retenue. En tant qu&rsquo;\u00e9tudiant en m\u00e9decine m\u00e9tisse essayant de trouver sa place, Barry m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 me trouver. Il a fait de m\u00eame pour de nombreux autres \u00e9tudiants autochtones dans tout le pays. Aujourd&rsquo;hui, Barry est directeur g\u00e9n\u00e9ral de Keewatinohk Inniniw Minoayawin, \u00e9galement connu sous le nom de KIM, une organisation fond\u00e9e pour transformer le syst\u00e8me de prestation de soins de sant\u00e9 du Manitoba dans le nord de la province. Le Manitoba est la province qui compte le plus grand nombre d&rsquo;Autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Maintenant, en tant que scientifiques, strat\u00e8ges et techniciens, nous devons trouver un moyen de changer ce syst\u00e8me qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour nous, afin qu&rsquo;il fonctionne pour nous, avec une sp\u00e9cificit\u00e9 propre aux Premi\u00e8res nations. C&rsquo;est la voie \u00e0 suivre et le r\u00eave que nous poursuivons ici.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Il m&rsquo;a rejoint depuis une salle de conf\u00e9rence dans les bureaux de KIM \u00e0 Winnipeg. Derri\u00e8re lui se trouve un pr\u00e9sentoir intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Our First Nations Health Governance Journey\u00a0\u00bb, une chronologie d\u00e9taill\u00e9e des changements pass\u00e9s et futurs du syst\u00e8me de sant\u00e9 dans le nord du Manitoba.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Vous voyez ce truc l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Je le fais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>En<strong> <\/strong>haut, il y a beaucoup de texte. C&rsquo;est ainsi que les peuples des Premi\u00e8res nations, depuis la signature des trait\u00e9s, se sont engag\u00e9s dans leur propre vision de la sant\u00e9. En bas, il y a tr\u00e8s peu de texte. C&rsquo;est la province et ce qu&rsquo;elle fait avec les Premi\u00e8res nations. Nos dirigeants nous ont donc demand\u00e9 d&rsquo;inverser les choses et de ne pas \u00eatre aussi centr\u00e9s sur le gouvernement, mais plut\u00f4t sur les actions de nos communaut\u00e9s. Je ne vous donnerai pas les d\u00e9tails des r\u00e9solutions, mais c&rsquo;est le mandat et le r\u00eave des Premi\u00e8res nations depuis longtemps, depuis 1870. Et ce que nous faisons, c&rsquo;est que nous d\u00e9taillons toutes les actions, les r\u00e9solutions, vous savez, l&rsquo;\u00e9poque de Wahbung, aussi, tout ce genre de choses ici pour honorer ce voyage. C&rsquo;est ce que nous faisons. Et c&rsquo;est ce que nous faisons. Les Indiens sont actifs, projettent, th\u00e9orisent et prennent le risque de reprendre quelque chose que les colonisateurs nous ont pris pendant plus de 100 ans avec les r\u00e9sultats les plus m\u00e9diocres en mati\u00e8re de sant\u00e9. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un moment d\u00e9cisif pour 23 \u00c9tats souverains, et c&rsquo;est pourquoi nous sommes ici.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Comme Dani\u00e8le, Barry s&rsquo;est lanc\u00e9 dans la m\u00e9decine pour essayer d&rsquo;am\u00e9liorer ce qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme un syst\u00e8me d\u00e9fectueux qui nuisait \u00e0 son peuple au lieu de le gu\u00e9rir. Et comme elle, Barry a eu de mauvaises exp\u00e9riences dans le syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Lorsque j&rsquo;ai quitt\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine, j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s en col\u00e8re pour de nombreuses raisons, parce que je ne savais pas ce qu&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un pensionnat. Mais depuis, en parlant avec des gens qui ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s dans leur vie, mat\u00e9riellement, n&rsquo;est-ce pas ? Leur corps est emprisonn\u00e9. Je r\u00e9alise maintenant, r\u00e9trospectivement, que m\u00eame si j&rsquo;avais un lit chaud pour dormir, que je n&rsquo;\u00e9tais pas dans la rue, l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine pour moi, j&rsquo;imagine, \u00e9tait une exp\u00e9rience de pensionnat, o\u00f9 je n&rsquo;\u00e9tais pas autoris\u00e9e \u00e0 m&rsquo;identifier comme une m\u00e9tisse ou comme une Indienne ou quoi que ce soit de ce genre. Je n&rsquo;avais pas non plus l&rsquo;impression de pouvoir c\u00e9l\u00e9brer les choses incroyables que mes parents, qui ont eu beaucoup d&rsquo;ennuis, m&rsquo;ont apport\u00e9es par l&rsquo;interm\u00e9diaire de mes grands-parents, etc. Je suis donc partie tr\u00e8s en col\u00e8re, Alika. Je leur ai dit : \u00ab\u00a0Ne prenez pas de photo de moi. \u00c0 la fin de mon internat, je ne voulais plus m&rsquo;occuper de femmes et d&rsquo;hommes blancs en mauvaise sant\u00e9, parce que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 form\u00e9e pour m&rsquo;occuper de notre peuple.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Barry a fait quelque chose d&rsquo;in\u00e9dit. Il a demand\u00e9 \u00e0 d\u00e9placer son internat dans le nord du Manitoba pour les six derniers mois, afin de vivre et d&rsquo;apprendre avec les communaut\u00e9s autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Ce que j&rsquo;ai fait, c&rsquo;est ouvrir un programme de r\u00e9sidence dans le nord du Manitoba, et j&rsquo;y suis rest\u00e9 six mois pendant lesquels des m\u00e9decins m&rsquo;ont form\u00e9 \u00e0 fournir des soins et \u00e0 \u00eatre capable de fournir des soins aux membres des Premi\u00e8res nations. Et c&rsquo;est cela, Alika, qui d\u00e9finit toute ma carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Donc, d\u00e8s le d\u00e9but de votre carri\u00e8re, vous avez cr\u00e9\u00e9 des espaces pour le type de soins que vous vouliez fournir et qui, vous le savez, devaient \u00eatre fournis. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette transformation qui s&rsquo;est produite lorsque vous \u00eates pass\u00e9e du statut de r\u00e9sidente \u00e0 la pratique clinique pr\u00e9coce et&#8230; ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Bien s\u00fbr. J&rsquo;ai donc termin\u00e9 ma r\u00e9sidence \u00e0 The Pas et j&rsquo;ai obtenu mon dipl\u00f4me de m\u00e9decine familiale. Je me suis ensuite tourn\u00e9 vers les urgences afin d&rsquo;am\u00e9liorer ces comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques, car je savais que j&rsquo;avais pass\u00e9 un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es dans des communaut\u00e9s isol\u00e9es pour y apporter mon soutien. J&rsquo;ai atterri chez les Premi\u00e8res nations de Tataskweyak, ce qui signifie Split Lake. Split Lake m&rsquo;a accueillie comme l&rsquo;une des leurs. Et j&rsquo;ai prodigu\u00e9 des soins. Je me suis battue comme une guerri\u00e8re pour obtenir des soins \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral de Thompson. Nous avons donc mis sur pied une \u00e9quipe de fournisseurs autochtones au sein de Tataskweyak pour dispenser des soins ax\u00e9s sur les Premi\u00e8res nations et des soins tenant compte des traumatismes. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore le cas \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais nous savions que beaucoup de gens \u00e9taient le produit d&rsquo;une incarc\u00e9ration. Beaucoup de gens ne savaient pas o\u00f9 \u00e9tait leur m\u00e8re parce qu&rsquo;elle \u00e9tait apparemment morte dans l&rsquo;un des instituts de lutte contre la tuberculose et qu&rsquo;ils ne l&rsquo;avaient jamais revue. Je devais donc faire face \u00e0 un grand nombre de personnes en proie \u00e0 un chagrin \u00e0 plusieurs niveaux, un chagrin dont on ne s&rsquo;occupait pas. Je savais d\u00e9j\u00e0, avant de commencer ma carri\u00e8re universitaire, que le comportement des Premi\u00e8res nations en mati\u00e8re de sant\u00e9 \u00e9tait diff\u00e9rent de celui des personnes qui n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9es ni incarc\u00e9r\u00e9es. Le probl\u00e8me de la m\u00e9decine, c&rsquo;est qu&rsquo;elle essaie de nous faire entrer dans le moule de ce qu&rsquo;elle pense que les comportements de sant\u00e9 devraient \u00eatre. Ainsi, m\u00eame le concept de diagnostic de sant\u00e9 mentale, de d\u00e9pression ou de psychose, et toutes ces choses que nous avons apprises en grandissant en m\u00e9decine, ne s&rsquo;appliquent g\u00e9n\u00e9ralement pas aux Premi\u00e8res nations parce que nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;un groupe de personnes, interg\u00e9n\u00e9rationnel, qui pr\u00e9sente des comportements de sant\u00e9 qui semblent ne pas avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis par le syst\u00e8me m\u00e9dical colonial. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;un mal-\u00eatre mental, cons\u00e9quence du racisme sur l&rsquo;\u00e2me, l&rsquo;esprit et le corps des Premi\u00e8res nations. Ainsi, si vous \u00eates per\u00e7u comme un Indien et que vous entrez dans un syst\u00e8me de soins de sant\u00e9, des st\u00e9r\u00e9otypes sont attach\u00e9s \u00e0 votre corps. Ils sont r\u00e9sistants. Vous savez, les hommes indiens battent les femmes indiennes. Les Indiens sont des pr\u00e9dateurs sexuels. Les Indiennes ne sont pas de bonnes m\u00e8res. Les Indiennes ne se soucient pas de leur sant\u00e9. Les hommes indiens sont tous des ivrognes. Et ainsi de suite. Les m\u00e9decins d\u00e9butants et les \u00e9tudiants en m\u00e9decine sont entra\u00een\u00e9s \u00e0 v\u00e9hiculer des st\u00e9r\u00e9otypes sur les populations autochtones. En inculquant ces st\u00e9r\u00e9otypes sur les Indiens \u00e0 ces personnes, puis en devenant m\u00e9decin, \u00e9tudiant en m\u00e9decine ou interne, on a d\u00e9j\u00e0 du pouvoir. Ainsi, pouvoir plus st\u00e9r\u00e9otypes \u00e9galent racisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Toutes ces exp\u00e9riences ont pr\u00e9par\u00e9 Barry au r\u00f4le qu&rsquo;il occupe aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Je suis ici depuis je ne sais combien de temps. Je ne sais jamais. Deux ans, trois ans. Une longue p\u00e9riode en tout cas. Mais le point culminant de tout ce que j&rsquo;ai fait \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 et toutes les frustrations \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 et tous, vous savez, les d\u00e9fis de la pratique dans des environnements pauvres en d\u00e9ficit et des choses comme \u00e7a me viennent aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est comme si mes anc\u00eatres avaient mis en place ces \u00e9l\u00e9ments pour que je vienne ici et que je fasse preuve de leadership. Vous savez, l&rsquo;\u00e9quipe que nous avons ici a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par les peuples autochtones. Je suis donc dans une position que la plupart des m\u00e9decins r\u00eaveraient d&rsquo;occuper. Nos anc\u00eatres ont l&rsquo;id\u00e9e que les gens, les chefs avec lesquels je travaille et tous les dirigeants avec lesquels je travaille ont l&rsquo;id\u00e9e et la vision de prendre un syst\u00e8me et de le rendre responsable de notre bien-\u00eatre et de s&rsquo;assurer que dans 30 ans, nous avons r\u00e9duit les besoins en dialyse, nous avons r\u00e9duit la suicidalit\u00e9, nous pouvons prendre soin et g\u00e9rer le traumatisme que nos communaut\u00e9s ont subi pendant 150 ans en utilisant la r\u00e9duction des risques, en ne jugeant pas, en aimant et en prenant soin. Nous disposons d&rsquo;un document tr\u00e8s important appel\u00e9 \u00ab\u00a0accord de principe\u00a0\u00bb, mais il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un accord de principe. C&rsquo;est l&rsquo;aboutissement de nos r\u00eaves, de nos aspirations et de notre volont\u00e9 d&rsquo;utiliser l&rsquo;anglais pour transmettre l&rsquo;amour, la bienveillance et le pardon. Et c&rsquo;est vraiment cela, la transformation. Nous avons donc r\u00e9cemment rencontr\u00e9 nos dirigeants, qui ont approuv\u00e9 ce document. Alika, je suis d&rsquo;humeur joyeuse. Je reconnais que je ne suis qu&rsquo;un outil pour toutes les \u00e9tudes et toutes ces choses qui soutiennent les aspirations des communaut\u00e9s depuis 10, 20, 30 000 ans avant l&rsquo;arriv\u00e9e de la colonisation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>En septembre 2022, KIM, l&rsquo;organisation de d\u00e9fense des droits que Barry dirige, ainsi que Manitoba Keewatinowi Okimakanak, qui repr\u00e9sente les Premi\u00e8res nations du Nord du Manitoba, se sont associ\u00e9s \u00e0 la r\u00e9gion sanitaire du Nord du Manitoba. L&rsquo;objectif \u00e9tait d&rsquo;\u00e9radiquer toutes les formes de racisme et de pr\u00e9jug\u00e9s dans le syst\u00e8me de sant\u00e9. \u00c0 terme, M. Barry souhaite que la r\u00e9gion sanitaire du Nord soit g\u00e9r\u00e9e par les communaut\u00e9s autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Nous allons de l&rsquo;avant. Et je me fiche de savoir si c&rsquo;est public. \u00c0 un moment donn\u00e9, nous prendrons le contr\u00f4le de l&rsquo;Autorit\u00e9 r\u00e9gionale de sant\u00e9 du Nord parce que notre communaut\u00e9 veut que nous le fassions. Je pourrais faire appel \u00e0 Alika pour l&rsquo;anesth\u00e9sie. Je pourrais faire venir des chirurgiens. Nous avons des infirmi\u00e8res de soins avanc\u00e9s. Nous avons nos sp\u00e9cialistes traditionnels qui pourraient venir et mettre en place des syst\u00e8mes int\u00e9gr\u00e9s et parall\u00e8les. Et c&rsquo;est l\u00e0 que va notre r\u00eave. Mais d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le r\u00eave est de rendre les syst\u00e8mes responsables du bien-\u00eatre. C&rsquo;est tout. Parce que nous avons des chirurgiens, cinq chirurgiens ici. Cela ne changera rien pour les populations autochtones, car le vrai probl\u00e8me et le vrai d\u00e9nominateur sont l&rsquo;acc\u00e8s aux soins. Et dans ce d\u00e9nominateur, il y a le racisme et toutes sortes de choses, mais c&rsquo;est l&rsquo;acc\u00e8s aux soins. Ainsi, m\u00eame si j&rsquo;ai 20 Alikas ici, 20 chirurgiens, la sant\u00e9 des populations autochtones ne s&rsquo;am\u00e9liorera pas parce que l&rsquo;acc\u00e8s est r\u00e9duit. C&rsquo;est donc l&rsquo;\u00e9quation fondamentale que nous devons r\u00e9soudre pour avancer dans la transformation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Il est<strong> <\/strong>\u00e9tonnant de vous entendre parler des choses dans ce cadre parce que nous parlons souvent du racisme qui prend des ann\u00e9es et des ann\u00e9es. Vous savez, dans une autre vie, nous pourrons r\u00e9gler ces probl\u00e8mes. Mais vous parlez de choses qui font une diff\u00e9rence aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;organisation des soins de sant\u00e9 est difficile \u00e0 comprendre, n&rsquo;est-ce pas ? Si vous prenez des syst\u00e8mes de sant\u00e9 bien connus dirig\u00e9s par les Premi\u00e8res nations, comme la First Nation Health Authority, vous savez, elle offre certains programmes. Les r\u00e9gions sanitaires de la Colombie-Britannique offrent certains programmes. L&rsquo;autorit\u00e9 provinciale des services de sant\u00e9 (Provincial Health Services Authority) fait aussi des choses. Tout le monde se croise, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Pouvez-vous essayer d&rsquo;expliquer aux auditeurs comment la r\u00e9gion sanitaire du Nord et KIM travaillent ensemble et quelle est la vision de l&rsquo;expansion et des activit\u00e9s de KIM ? Car il semble bien que la fourniture de soins directs soit quelque chose que KIM souhaite faire \u00e0 terme, au point m\u00eame de commencer \u00e0 prendre en charge certaines des fonctions de la r\u00e9gion de sant\u00e9 du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Actuellement, en 2023, KIM n&rsquo;est pas encore un organisme de prestation de services, point, point, point, point. Nous devons nous concentrer sur la l\u00e9galit\u00e9 du transfert de 200, 400 ou 600 millions de dollars dans les bras de 23 \u00c9tats souverains qui d\u00e9finiront \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la fronti\u00e8re raciale entre le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et la province ce qui va se passer. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on regarde ? Qu&rsquo;est-ce que le bien-\u00eatre ? Comment centrer les choses ? Et pas, vous savez, pas comme une pathologie, des poumons, vous savez, tout ce genre de choses, mais centr\u00e9 sur l&rsquo;amour et le soutien et nos connaissances ancestrales qui ont toujours pris soin de nous. Le chemin a \u00e9t\u00e9 sem\u00e9 d&#8217;emb\u00fbches, Alika, avec la Northern Regional Health. Mais je peux vous dire qu&rsquo;en travaillant au sein de ces syst\u00e8mes, il y a des gens dans la bureaucratie qui sont des alli\u00e9s. Il y en a. Mais le leadership ne se manifeste pas sous forme d&rsquo;alliances. Vous savez, Alika, il s&rsquo;est pass\u00e9 quelque chose de triste. La Northern Regional Health a embauch\u00e9 un directeur g\u00e9n\u00e9ral sans notre participation. Nous avions propos\u00e9 notre participation pour dire que nous voulions absolument qu&rsquo;une personne des Premi\u00e8res nations dirige notre r\u00e9gion. Ils nous ont ignor\u00e9s et ont embauch\u00e9 quelqu&rsquo;un de Toronto sans aucune participation. En m\u00eame temps, les deux dirigeants blancs qui ne sont plus l\u00e0 ont dit que nous aurions d\u00fb participer, comme s&rsquo;ils nous bl\u00e2maient pour leur manque d&rsquo;action, n&rsquo;est-ce pas ? C&rsquo;\u00e9tait vraiment troublant parce que j&rsquo;ai amen\u00e9 notre grand chef, ainsi que certains de nos chefs et dirigeants principaux, \u00e0 une r\u00e9union avec le conseil d&rsquo;administration de la Northern Regional Health. Au cours de mes 61 ann\u00e9es d&rsquo;existence, je n&rsquo;avais jamais \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 un tel niveau de racisme, si \u00e9vident. Si \u00e9vident, Alika, c&rsquo;est ce genre de moment o\u00f9 l&rsquo;on ne peut rien dire. C&rsquo;est comme, wow ! L&rsquo;un de nos dirigeants a parl\u00e9 de son beau-fr\u00e8re ou d&rsquo;un fr\u00e8re qui souffrait d&rsquo;une l\u00e9sion du syst\u00e8me nerveux central qui l&#8217;emp\u00eachait d&rsquo;avaler. Il a donc \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital St. Anthony \u00e0 The Pas. Et Frank parlait de ce moment vraiment, vraiment important et critique pour lui, comment il a vu son fr\u00e8re mourir de faim le 95e jour parce qu&rsquo;un m\u00e9decin avait refus\u00e9 de lui installer une sonde d&rsquo;alimentation. Pour que vous puissiez avoir une \u00e9valuation prolong\u00e9e, vous savez, parce que nous avons des techniciens en d\u00e9glutition dans le Sud qui pourraient trouver un moyen, mais il est mort de faim dans l&rsquo;histoire moderne du Nord du Manitoba. Et soudain Frank a dit, nous avons m\u00eame essay\u00e9 d&rsquo;utiliser des cannabino\u00efdes pour essayer d&rsquo;am\u00e9liorer ses capacit\u00e9s. Et soudain, quelqu&rsquo;un a \u00e9clat\u00e9 de rire. Cet homme avait les larmes aux yeux. C&rsquo;est un de nos responsables de longue date qui nous a fait part, du fond du c\u0153ur, de sa douleur de voir son fr\u00e8re mourir de faim dans un h\u00f4pital moderne. Et du c\u00f4t\u00e9 du tableau blanc, il y a eu un ricanement. Et Frank a dit : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas dr\u00f4le\u00a0\u00bb. Il faut donc r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la profondeur de ce type de violence. Apr\u00e8s cela, j&rsquo;ai parl\u00e9 \u00e0 Frank et je lui ai dit, Frank, laisse-moi \u00e9crire une lettre. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu que non, il en a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Wow.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Oui. Nous avons donc beaucoup de travail \u00e0 faire. Cela d\u00e9finit-il notre relation avec la North Regional Health ? Non. Il s&rsquo;agissait de deux fanatiques parmi d&rsquo;autres fanatiques plus faibles. Ce que nous allons faire, c&rsquo;est que nous allons certainement nous tenir aux c\u00f4t\u00e9s de la Northern Regional Health, analyser ses programmes avec la fonction ultime de savoir s&rsquo;il y a un acc\u00e8s \u00e0 des soins s\u00fbrs, aimants et complets. C&rsquo;est tout ce que nous faisons. Et nous allons changer ce syst\u00e8me pour nous assurer que c&rsquo;est le cas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Avant de quitter Barry, j&rsquo;ai voulu en savoir plus sur ce qu&rsquo;il pensait de la conciliation de deux approches de la m\u00e9decine &#8211; le syst\u00e8me non autochtone dans lequel il a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 et la m\u00e9decine autochtone. Je me demandais comment il voyait ces deux syst\u00e8mes fonctionner ensemble dans son avenir id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Je pense qu&rsquo;ils peuvent travailler ensemble. L&rsquo;une des choses qui me pr\u00e9occupe depuis une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es est le fait que nous ne voulons pas faire entrer un cercle dans un carr\u00e9. Je d\u00e9teste utiliser une analogie aussi simple, mais la domination de la m\u00e9decine, de ses structures, de ses philosophies, etc. doit \u00eatre contrecarr\u00e9e dans le travail que nous, les techniciens, allons accomplir ici. Parce qu&rsquo;il est possible de faire de la place aux savoirs et aux pratiques autochtones. Dans la r\u00e9gion de James Bay, des cliniques de savoir autochtone et des cliniques de savoir occidental ont \u00e9t\u00e9 mises en place. Au fil du temps, les gens se sont tourn\u00e9s vers les Autochtones et moins vers les m\u00e9decins. Au d\u00e9but, Alika, parce que ces syst\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s \u00e0 nos anc\u00eatres et que nous n&rsquo;avons pas r\u00e9ussi \u00e0 revenir en arri\u00e8re pour dire : \u00ab\u00a0Qui voulez-vous vraiment voir ? Avec quoi vous sentez-vous \u00e0 l&rsquo;aise ? Et m\u00eame d&rsquo;aider les gens \u00e0 prendre conscience de cela.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alika Lafontaine <\/strong>Il semble donc que la voie \u00e0 suivre ne consiste pas \u00e0 assimiler les gardiens du savoir traditionnel et les praticiens traditionnels dans un syst\u00e8me non autochtone, mais plut\u00f4t \u00e0 faire travailler les gens c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Oui. Ou m\u00eame \u00e0 un kilom\u00e8tre de distance, peu importe. Mais pour nous, la question est le droit des peuples autochtones \u00e0 avoir acc\u00e8s au fournisseur de leur choix. Et si le prestataire de leur choix est un gardien du savoir, qu&rsquo;il en soit ainsi. Je ne veux pas que des m\u00e9decins ou des associations m\u00e9dicales fassent des commentaires \u00e0 ce sujet. Mais l&rsquo;autre chose, Alika, qui est au c\u0153ur de notre travail, c&rsquo;est que tous les membres des Premi\u00e8res nations ont droit \u00e0 une deuxi\u00e8me et \u00e0 une troisi\u00e8me visite chez le m\u00e9decin. D&rsquo;accord ? C&rsquo;est tout. Vous savez, s&rsquo;ils choisissent de consulter deux m\u00e9decins, un seul ou les deux. Je me bats contre cela depuis un certain temps. L&rsquo;une de mes patientes en obst\u00e9trique ne voulait pas prendre d&rsquo;anticoagulant. Elle risquait, je crois, une TVP ou autre chose \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Son obst\u00e9tricien blanc l&rsquo;a renvoy\u00e9e de son cabinet parce qu&rsquo;elle \u00e9tait all\u00e9e voir un gardien du savoir qui lui avait donn\u00e9 un m\u00e9dicament. Je suis donc all\u00e9e voir le chef du service d&rsquo;obst\u00e9trique. Je lui ai dit que le racisme \u00e9tait ainsi fait. Ce n&rsquo;est pas votre affaire, ni celle de l&rsquo;obst\u00e9tricien, de juger une personne autochtone qui choisit nos syst\u00e8mes de connaissances. Tu n&rsquo;en es pas propri\u00e9taire, b\u00e9b\u00e9. D&rsquo;accord, \u00e7a ne t&rsquo;appartient pas. Ne pr\u00e9tends pas qu&rsquo;il t&rsquo;appartient. Tu n&rsquo;en es pas propri\u00e9taire. D&rsquo;accord ? Et c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait tout au long de ma carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Alika Lafontaine <\/strong>Il me semble que le point final de ce que veulent les patients des Premi\u00e8res nations est tr\u00e8s similaire \u00e0 celui du Canadien moyen, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils veulent avoir acc\u00e8s, ils veulent avoir le choix, ils veulent que ce qu&rsquo;ils vivent soit exempt d&rsquo;hostilit\u00e9, plein de chaleur, et ils veulent que cela fasse une diff\u00e9rence dans l&rsquo;\u00e9volution de leur maladie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Barry Lavallee <\/strong>Oui. Vous savez, j&rsquo;ai fait une ma\u00eetrise en m\u00e9decine familiale \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Western Ontario, et l&rsquo;un des documents que nous avons \u00e9tudi\u00e9s portait sur ce que les patients veulent dans l&rsquo;engagement th\u00e9rapeutique avec un fournisseur de soins, avec un m\u00e9decin, n&rsquo;est-ce pas ? J&rsquo;ai donc utilis\u00e9 cette question comme base d&rsquo;analyse pour savoir ce que les populations autochtones souhaitent dans l&rsquo;environnement th\u00e9rapeutique. Lorsque j&rsquo;ai examin\u00e9 dix membres des Premi\u00e8res nations dans le cadre d&rsquo;un processus de cristallisation en immersion pour comprendre cette relation th\u00e9rapeutique, tous les participants ont \u00e9clat\u00e9 en sanglots. Une partie de ma recherche consistait \u00e0 comprendre la source de cette douleur. Et la source de cette douleur, que je n&rsquo;ai pas encore publi\u00e9e, est le th\u00e8me involontaire selon lequel une personne autochtone, une personne indienne veut \u00eatre indienne dans le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la relation th\u00e9rapeutique avec le prestataire. Mais ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us par les prestataires parce qu&rsquo;ils ne se pr\u00e9occupaient pas de leur m\u00e9decine indienne ou de ceci ou de cela, et ils ont profond\u00e9ment nui \u00e0 ces patients. Ainsi, lorsque nous demandons aux m\u00e9decins, aux infirmi\u00e8res et aux autres professionnels de la sant\u00e9 d&rsquo;\u00eatre centr\u00e9s sur la personne des Premi\u00e8res nations dans son environnement, dans son contexte, que ce soit en Colombie-Britannique ou ailleurs. Et de ne pas nuire. Et la seule fa\u00e7on de ne pas nuire, c&rsquo;est de prendre conscience que l&rsquo;on est un produit du colonisateur canadien qui a l&rsquo;intention de nous enlever nos terres et que nous nous trouvons sur le chemin de ces terres. Nous devons changer toute cette structure. C&rsquo;est ce que j&rsquo;accepte. Et c&rsquo;est ce que nos communaut\u00e9s acceptent. Elles y adh\u00e8rent, Alika, et c&rsquo;est puissant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alika Lafontaine <\/strong>Les<strong> <\/strong>exp\u00e9riences de Dani\u00e8le et Barry refl\u00e8tent beaucoup des miennes. Bien que nous ayons form\u00e9 des centaines de professionnels de la sant\u00e9 autochtones au cours des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, les personnes actuellement en formation ont toujours l&rsquo;impression que ce qu&rsquo;elles sont ne s&rsquo;exprime pas toujours dans ce qu&rsquo;elles apprennent \u00e0 devenir. Il ne faut pas confondre cela avec un d\u00e9bat sur les pr\u00e9f\u00e9rences ou l&rsquo;identit\u00e9. Dans la pratique r\u00e9elle, lorsque vos prestataires sont comme vous &#8211; partageant des exp\u00e9riences, une culture, une langue et une philosophie similaires &#8211; il y a des diff\u00e9rences majeures dans les r\u00e9sultats de sant\u00e9. Pour voir le racisme et naviguer dans les structures de pouvoir qui maintiennent sa pr\u00e9sence, il faut un m\u00e9lange d&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue et de savoir-faire d&rsquo;initi\u00e9. Dans l&rsquo;un de ses moments les plus difficiles, Dani\u00e8le a tenu un m\u00e9dicament occidental et a trouv\u00e9 le moyen de l&rsquo;accepter de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;elle acceptait les m\u00e9dicaments autochtones. C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 que r\u00e9side le brillant avenir de la m\u00e9decine occidentale et traditionnelle. Reconna\u00eetre et att\u00e9nuer les pr\u00e9judices, tout en admettant que nous pouvons construire quelque chose de mieux ensemble. Nous avons eu la promesse de cet avenir lorsque les explorateurs ont ramen\u00e9, il y a des si\u00e8cles, dans des pays comme la France et l&rsquo;Angleterre, ce qu&rsquo;ils avaient appris des cultures autochtones du monde entier. Peut-\u00eatre pourrons-nous faire les choses correctement cette fois-ci, en permettant \u00e0 chacun de prendre sa place dans un avenir que nous construirons ensemble.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Two Worlds of Medicine Description Comment concilier deux philosophies de la m\u00e9decine : autochtone et occidentale ? Et est-ce m\u00eame la bonne question \u00e0 poser ? Nous nous entretenons avec deux m\u00e9decins qui r\u00e9organisent le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien pour qu&rsquo;il fonctionne mieux pour les patients autochtones. 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